Dans cet entretien au long cours, le juriste et politologue Robert Charvin interroge l’état du droit international à l’heure des guerres, des ingérences et du retour assumé de la loi du plus fort. De Gaza à l’Ukraine, de l’ONU à la Chine, il décrypte la crise profonde de la régulation mondiale, la montée du libertarisme et la remise en cause de la souveraineté des peuples, tout en défendant l’idée d’un droit international appelé à redevenir un outil de lutte et d’émancipation.
Le monde de 2025 est-il encore gouverné par des règles ou uniquement par la force ?
Robert Charvin : « Le droit international ? C’était avant. » La formule, assénée l’été dernier sur France Info TV par un prétendu expert, n’a suscité aucune contradiction. Elle résume pourtant une offensive idéologique bien rodée. Le droit ne meurt pas parce qu’il est violé, pas plus dans l’ordre interne que dans les relations internationales. Sinon, il suffirait aux puissants de transgresser les règles pour les faire disparaître.
Israël, champion toutes catégories des violations du droit international, allant jusqu’à s’inventer des doctrines juridiques sur mesure comme la prétendue « légitime défense préventive », ne peut pas, même avec l’appui total des États-Unis, abroger à lui seul les normes qui régissent les relations entre 193 États. À ce compte-là, que resterait-il du droit fiscal français si les infractions répétées suffisaient à l’abolir ?
Ce faux constat, complaisamment entretenu par les néoconservateurs, s’accompagne d’un réjouissement à peine dissimulé face à l’impuissance organisée de l’ONU, rendue inopérante par les grandes puissances elles-mêmes. Il ne sert qu’un objectif : libérer l’Occident de toute contrainte juridique, alors même qu’il n’a cessé, durant des siècles, d’invoquer le droit pour justifier ses dominations face aux forces dites « subversives ».
Le droit bourgeois contemporain, structuré autour de la propriété, du contrat et du traité, a longtemps accompagné la « main invisible » du capitalisme et l’impérialisme prétendument « civilisateur » à l’échelle mondiale. Issu de rapports de force, ce droit avait au moins une vertu pour les dominants : rendre aveugle l’« œil des gouvernés », grâce à des procédures habilement manipulées pour masquer la réalité de l’oppression.
D’origine européenne, le droit international s’est progressivement paré d’une vocation universelle avec l’expansion du capitalisme et de la domination coloniale. Ses ajustements successifs ont certes largement favorisé les intérêts occidentaux, mais ils ont aussi produit une relative stabilité normative qui, dans certaines circonstances, a permis aux États les plus faibles de trouver des appuis juridiques et politiques face à l’arbitraire des puissants.
Qui impose réellement son agenda aujourd’hui : les États, les blocs, ou les intérêts privés ?
R. C. : S’il n’existait pas de véritable équilibre, il subsistait néanmoins, jusqu’à la fin du XXᵉ siècle, une contrainte réelle, matérielle et surtout morale, empêchant les grandes puissances de violer trop ouvertement les principes qu’elles proclamaient. Cette contrainte, même fragile, imposait des limites et laissait subsister quelques espaces, étroits mais décisifs, pour les droits et libertés arrachés par les peuples.
Les juristes, corps historiquement conservateur, façonné par l’héritage étatique et majoritairement au service du pouvoir, quels que soient les régimes, ont largement participé à cette mise en scène. Aux côtés des puissances économiques, productrices d’inégalités, ils ont présenté le droit comme un garant abstrait de la « justice » et de « l’ordre », neutralisant sa dimension politique et conflictuelle.
Mais le capitalisme n’est jamais figé. Il se transforme, s’adapte, change d’instruments. Lorsqu’il n’a plus besoin du droit pour assurer ses profits et sa domination, il s’en affranchit sans état d’âme.
La défaite des fascismes en 1945, à laquelle l’Union soviétique a pleinement contribué, impose pourtant une rupture majeure. La Charte des Nations unies consacre des principes jusqu’alors inédits : l’interdiction du recours à la force armée, si ce n’est en dehors d’une légitime défense stricte, le droit des peuples, y compris colonisés, à disposer d’eux-mêmes, et l’égale souveraineté de tous les États. Ces avancées sont le produit d’un rapport de force historique, non d’un consensus moral.
La coexistence pacifique entre l’Occident et les États socialistes a stabilisé temporairement cet ordre fragile, favorisant des normes de dialogue et de désescalade, comme lors de la crise des missiles de Cuba en 1962. Dans ce contexte, les spécialistes du droit international se réfugient dans un positivisme prudent : le droit est enseigné de manière descriptive, technique, vidé de toute analyse critique de ses origines et de ses effets politiques.
Le droit international va mal comme souvent. Mais, il survit, parce que les grandes puissances en conflit en ont toutes besoin. Les violations répétées de la Charte par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France et Chine) sont monnaie courante. Elles affaiblissent sa portée contraignante, sans toutefois parvenir à le faire disparaître.
L’ONU a-t-elle encore un pouvoir d’influence ou n’est-elle devenue qu’un théâtre diplomatique ?
R. C. : Comment convaincre l’opinion que le droit est une réalité politique et non une abstraction ? En France, la société est juridicisée : la loi s’impose, qu’on le veuille ou non. En Palestine, malgré l’impunité dont bénéficie Israël, les crimes de guerre ont suscité une solidarité internationale massive. La pression populaire a pesé. Face à l’injustice et à l’inégalité, le droit redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un outil de combat.
La question centrale demeure celle de la paix et de la guerre. Il n’existe aujourd’hui plus aucune régulation efficace. Vladimir Poutine comme Donald Trump ont agi en liquidateurs assumés de la Charte des Nations unies, dont on a célébré pourtant l’an passé le 80ᵉ anniversaire dans une hypocrisie générale.
L’Organisation des Nations unies a pourtant été créée au lendemain de la 2nd Guerre mondiale précisément pour encadrer le recours à la force. Le Conseil de sécurité est paralysé : faut-il le dissoudre, le réformer, le démocratiser ? Quelle place accorder aux pays du Sud ? Les COP, largement non contraignantes, posent la même question. Une organisation internationale défaillante n’est jamais neutre : elle devient un facteur de danger mondial.
La question de la souveraineté est décisive. Comment faire émerger des dynamiques d’émancipation nationale dans un monde dominé par les ingérences permanentes ? Soudan, Syrie, Libye, Ukraine : les interventions extérieures se multiplient à une époque où l’État demeure une réalité centrale. Sans souveraineté, il n’y a pas de nation maîtrisée par son peuple. Le problème fondamental réside dans les ingérences occidentales et dans l’explosion des budgets militaires. Ceux de la Russie, quoi qu’on en dise, restent très inférieurs à ceux cumulés de l’OTAN.
L’Occident cherche désormais à se débarrasser de l’ONU. Le capitalisme n’en a plus besoin. La régulation politique internationale est méthodiquement démantelée : les traités sont vidés de leur substance, à l’exception notable du droit contractuel, indispensable au fonctionnement du marché du travail. Le libertarisme est arrivé au pouvoir. Les multinationales ignorent les frontières, les peuples et les politiques publiques.
Lorsque le MEDEF décide de quitter la table des négociations, plus rien ne fonctionne. Nous avançons vers un régime libertarien où l’État se réduit à un rôle d’assistance financière et militaire au service des intérêts privés. En France, des centaines de milliards ont été offerts au patronat. Donald Trump, lui, se désintéresse ouvertement des populations. La recherche et le développement survivent à peine. Les sociaux-démocrates ont pacifié les conflits au lieu de les affronter.
Dans ce contexte, l’union des droites hésite, oscille, recule parfois face à l’extrême droite, mais sans proposer d’alternative. Le choix se résume trop souvent à une opposition factice entre empires médiatiques et libertariens, tous deux reléguant les nouveaux droits au second plan par exemple le droit de l’environnement; sauf lorsqu’il s’agit de sécuriser les intérêts financiers.
Qui contrôle la monnaie ? Qui arbitre les échanges ? Par exemple, le MERCOSUR illustre un droit international des affaires qui repose surtout sur » un droit global » fondé sur des pratiques, des contrats et des codes de bonne conduite qui excluent systématiquement les fonctions régaliennes de l’Etat soumises au droit ordinaire. Cette asymétrie nourrit la défiance populaire.
Dans les classes populaires, l’image est claire : l’Occident n’a plus besoin du droit. L’arrogance des États-Unis et d’Israël en est l’expression la plus brutale.
La Charte des Nations unies parle de « menaces contre la paix », non d’« agressions » clairement définies. Le flou juridique est entretenu. Comment rendre le droit lisible et mobilisateur lorsqu’il est volontairement plongé dans le gris ?
Le droit traverse une phase historique confuse. Une réforme profonde est indispensable, notamment sur les questions de la paix, de la guerre et du droit international humanitaire. Les dispositions fondamentales de la Charte, forces d’interposition permanentes, comité d’état-major onusien, troupes mobilisables, n’ont jamais été appliquées. Non par oubli, mais par refus des grandes puissances, États-Unis, Chine et Russie en tête.
Concernant la question de la voie chinoise et la politique menée par son président Xi Jinping ?
R. C. : La Chine avance avec prudence, méthode et efficacité. Cette trajectoire constitue une revanche historique sur l’Occident. En 2049, elle célébrera le centenaire de sa révolution. En quelques décennies, elle est passée d’un réservoir de main-d’œuvre à bas coût à une puissance industrielle et technologique de haut niveau.
De 1984 à 1990, la Chine produisait du bas de gamme. À partir des années 2000, elle opère un virage stratégique : investissements massifs dans les infrastructures, en Chine comme à l’étranger, montée en gamme industrielle, maîtrise technologique. Aujourd’hui, elle occupe les segments les plus avancés.
Sur le plan politique, la Route de la soie vise à sécuriser les échanges en contournant les blocages maritimes contrôlés par les États-Unis. Les accords sont pragmatiques, parfois contradictoires, y compris avec l’Inde, mais toujours guidés par l’intérêt stratégique.
Il s’agit d’une véritable Nouvelle politique économique (NEP) planétaire, au sens léniniste du terme. La Chine s’insère dans les institutions internationales, crée ses propres structures, coopération de Shanghai, banque concurrente de la Banque mondiale, et pèse sur le libre-échange mondial. L’ironie de l’histoire est là : l’Occident capitaliste se replie pendant que la Chine en devient le principal acteur.
Face au pourrissement éthique occidental, drogue, blanchiment de l’argent sale, hypocrisie morale, la Chine propose une stratégie sans discours moral : coopération, association, temps long. Elle supprime les droits de douane pour 53 États africains pendant que les États-Unis ferment leurs frontières.
Elle ne cherche pas la révolution mondiale, mais la transformation progressive de l’ordre international. Le temps joue pour elle. Société robotisée, maîtrise des terres rares, puissance technologique : ses ambitions sont à la mesure de ses moyens.
La Chine entend célébrer en 2049 l’avènement d’un monde plus cohérent, fondé sur la coopération, la souveraineté des peuples et la relance du droit international sans ingérence ni guerre. Reste une question décisive : l’Humanité saura-t-elle faire mieux que la domination, la violence et le chaos ?
Le droit international humanitaire a-t-il encore un sens quand il n’est pas appliqué dans un conflit aussi documenté que Gaza ?
R. C. : Il existe une profonde méconnaissance des faits internationaux. Dans dix ans, on connaîtra les véritables ressorts des massacres du 7 octobre et de la destruction de Gaza. Aujourd’hui, l’information est saturée, instrumentalisée, incapable de restituer la complexité du réel.
Ukraine, OTAN, Russie : les efforts pour un cessez-le-feu sont systématiquement sabotés. Aux jeunes syndicalistes, je dis ceci : la cause est immense, les outils sont faibles, mais la lutte est indispensable pour rendre la société vivable.
Notre société se complexifie, tandis que la misère s’installe au cœur de la septième puissance mondiale. Le bonheur reste une idée neuve.
Nous vivons une chute de la régulation mondiale, un chaos institutionalisé. La mondialisation est prise entre deux logiques : une NEP planétaire et un libertarisme brutal. Gaza et l’Ukraine en sont les symptômes.
Le droit humanitaire n’a jamais été respecté par les vainqueurs. Les responsabilités sont toujours celles des vaincus. Ni Trump ni Netanyahou ne sont inquiétés.
La guerre en Ukraine est aussi le produit de la peur occidentale d’être dépassée par les BRICS et la Chine. L’hégémonie change de camp. Les négociations ne produiront rien sans mobilisation populaire.
La bataille de l’opinion autour de la Palestine a permis une victoire politique. Les gouvernements arabes redoutent désormais leurs opinions publiques. Le droit international peut redevenir un levier pour transformer le rapport de force.
Comment expliquer que l’Amérique latine redevienne un terrain d’influence stratégique majeur en 2025 ?
R. C. : En Amérique centrale et en Amérique du Sud, les erreurs stratégiques des gauches ont ouvert la voie aux droites extrêmes. En Bolivie comme au Chili, l’absence de priorités claires et de sagesse politique a coûté cher. La proximité géographique des États-Unis pèse lourdement.
L’extrême droite prospère sur la crise sociale et l’incapacité des gauches à proposer des perspectives concrètes. Pour les classes populaires, l’essentiel reste de remplir le frigo. Les électeurs de l’extrême droite ont des circonstances sociales atténuantes.
Le droit international est fondamentalement incompatible avec le nationalisme autoritaire. Face aux multinationales, l’alternative est claire : coexistence pacifique de pôles concurrents ou guerre généralisée.
La bataille est aussi culturelle et médiatique. Universités, médias, espaces de parole sont des terrains décisifs. Sans cela, aucun rapport de force durable ne peut émerger.
Sommes-nous à l’aube d’un nouvel ordre mondial ou d’un chaos durable ?
R. C. : Les interventions armées et les ingérences permanentes en Amérique du Sud comme en Europe de l’Est ont vidé la souveraineté de son contenu. Sous couvert de protection des citoyens, les grandes puissances se sont arrogé le monopole de la souveraineté.
Au Moyen-Orient, le recours systématique à la force armée, sur le modèle israélien, vise tous les États jugés indésirables par Washington et ses alliés occidentaux. Le chaos qui en résulte est accepté, instrumentalisé, justifié par la rhétorique sécuritaire et la lutte contre le terrorisme.
À cela s’ajoute un capitalisme libertarien qui relègue les États à des fonctions subalternes. Les multinationales veulent s’affranchir de toute contrainte, s’ériger en puissances souveraines, ne reconnaître que leurs propres règles. La « Lex mercatoria » devient la seule loi reconnue.
Dans un contexte de militarisation croissante, voyez-vous émerger des forces sociales, intellectuelles ou politiques capables de refonder un internationalisme pacifique et crédible ?
R. C. : Le droit international, comme le droit du travail dans l’ordre interne, est en train d’acquérir une fonction nouvelle et subversive : il devient progressivement l’arme des dominés. Ses normes fondamentales, conçues à l’origine par et pour les puissants, se retournent aujourd’hui contre leurs créateurs et leurs utilisateurs privilégiés.
Il s’impose ainsi comme un instrument de lutte pour les peuples et pour les États qui cherchent à se libérer, à reconquérir leur souveraineté et à peser sur leur propre destin. Face à cette dynamique, les puissances occidentales se réfugient derrière un discours moral aux contours volontairement flous, mobilisant à la carte des procédures et des interprétations juridiques incertaines dès lors qu’elles servent encore leurs intérêts.
Le Sud global dénonce désormais ouvertement la « démocratie autoritaire » que l’Occident prétend imposer par la force, en rupture avec l’humanisme dont il se réclamait autrefois — un humanisme sélectif, limité aux droits civils et politiques, et sourd aux droits économiques et sociaux. Le droit international humanitaire, largement produit par l’Occident, apparaît aujourd’hui plongé dans le coma, piétiné à Gaza et en Cisjordanie par Israël avec le soutien actif des États-Unis.
Plus grave encore, les États-Unis et l’Europe acceptent désormais sans scrupule l’hypothèse de la disparition de l’ONU et de sa Charte. Leur message implicite est clair : « bon débarras ». En se proclamant abusivement incarnation de la « communauté internationale » qui n’existe pas, ils nient une réalité pourtant évidente : ils ne représentent plus qu’une minorité mondiale, arc-boutée sur des privilèges devenus politiquement et moralement illégitimes.
Malgré les crises, quels signes vous permettent d’affirmer que le droit, la solidarité et la coopération peuvent encore redevenir des leviers réels de transformation et non de simples principes déclaratifs ?
R. C. : Pour le peuple de France, une priorité s’impose. Comme l’appelaient déjà en 2008 Monique et Roland Weyl, résistants et juristes communistes français, il est urgent de « sortir le droit international du placard » et d’en faire un outil militant du progrès, fidèle à l’esprit fondateur de la Charte des Nations unies : « Nous, peuples… ».
Dans l’entreprise, chacun sait que le droit, parmi d’autres moyens, est une arme du combat social. Il peut et doit en aller de même dans les relations entre États, à condition que le droit international cesse d’être confisqué par les gouvernements et les experts pour être réapproprié par les peuples. On peut ainsi concevoir une Assemblée générale de l’ONU réellement démocratisée, intégrant des représentants élus des peuples dotés de pouvoirs effectifs, à l’image de ce qui existe déjà à l’Organisation internationale du travail (OIT), où siègent syndicats et organisations patronales.
Il est également possible, dès à présent, de mettre en œuvre les articles 43, 45 et 47 de la Charte des Nations Unies, qui prévoient un contingent permanent de forces d’interposition placé sous un état-major onusien. Une telle force pourrait jouer un rôle décisif dans les conflits armés contemporains. De la même manière, l’accession à l’indépendance des dernières colonies, comme la Nouvelle-Calédonie, devrait relever des Nations unies, avec l’appui de la mobilisation citoyenne internationale.
Les enjeux vitaux de notre temps, l’eau, l’énergie, les terres rares, le climat, la destruction du monde vivant, ne peuvent être abandonnés aux lois du marché, qui nourrissent les conflits et aggravent les inégalités. Ils doivent relever d’une gestion collective, rationnelle et démocratique, sous l’égide des Nations unies et du droit international.
La planète a besoin de l’ONU, du droit international et de l’intervention directe des citoyens. Plus rien ne peut aujourd’hui se régler à l’intérieur des seules frontières nationales ni sous le contrôle exclusif de quelques « experts ». Il est aberrant de laisser au Quai d’Orsay, à un chef d’État toujours plus solitaire et à quelques éditorialistes surmédiatisés le monopole de la politique étrangère.
La démocratie n’existe pas encore à l’échelle internationale : elle reste à inventer. C’est une condition indispensable du maintien de la paix et de la lutte pour le climat et l’environnement. Le droit doit enfin être pris au sérieux, connu, compris, approprié, et non invoqué de manière opportuniste selon les circonstances. Prendre en compte la géopolitique des peuples, et non celle des seuls gouvernements, est une exigence rationnelle pour imposer un multilatéralisme capable de contenir les dérives impériales et unilatérales.
Quant à ceux qui appellent à une autorité internationale toute-puissante, ils oublient soit les inégalités structurelles qui rendent impossible un gouvernement mondial, soit ils acceptent l’idée d’une domination exercée par une grande puissance. Sauver la Charte de l’ONU, la faire connaître, la faire vivre et l’appliquer, est une urgence politique majeure pour la paix et le développement durable.
Propos recueillis par Stéphane Gravier