Les Premiers ministres passent, tandis que l’industrie continue de s’éroder. Dix-huit mois après avoir tiré la sonnette d’alarme, la CGT dénombre désormais 483 plans de licenciement. Pointant l’inaction de l’État face à cette situation, la CGT annonce l’organisation de ses Rencontres du Made in France le 12 mars 2026.
La Confédération générale du travail (CGT) dresse un constat alarmant de l’évolution des plans de licenciement en France. Actualisée régulièrement et remise aux Premiers ministres successifs, sa « liste noire » recense dorénavant 483 plans sociaux, contre 130 en mai 2024. En dix-huit mois, 107 582 emplois directs ont été menacés ou supprimés, dont près de 46 600 dans l’industrie, selon le syndicat.
Lors d’une conférence de presse organisée en décembre dernier, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a dénoncé l’absence de réponse politique face à cette vague de licenciements. Elle met en cause l’inaction des gouvernements successifs depuis un an et demi, malgré la multiplication des restructurations touchant des secteurs stratégiques.
Plus largement, la CGT critique la politique économique menée depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, qu’elle qualifie de « chèque en blanc » accordé aux multinationales. Selon la CGT, l’explosion des aides publiques s’est accompagnée d’un affaiblissement du droit du travail et d’une facilité accrue à licencier, sans contrepartie en matière d’investissement productif. Les marges des entreprises ont atteint un niveau record en 2024, tandis que les dividendes versés aux actionnaires ont fortement progressé.
Les exemples récents abondent : suppressions d’emplois dans les télécoms, la métallurgie, la chimie, le verre ou encore l’agroalimentaire. Pour la CGT Métallurgie, plus de 10 000 emplois seraient menacés en 2025, notamment dans l’automobile et la sidérurgie, avec des conséquences durables sur l’économie locale et l’aménagement des territoires.
Cette dynamique nourrit, selon le syndicat, une perte de souveraineté industrielle. Dans la pharmacie ou le textile, la CGT rappelle que produire en France reste économiquement pertinent, un produit local réinjectant une part largement supérieure de sa valeur dans l’économie nationale par rapport à un produit importé.
Face à ce qu’elle considère comme un échec des politiques actuelles, la CGT met en avant les rares avancées obtenues par la mobilisation des salariés et annonce l’organisation des « Rencontres du Made in France » en mars prochain, à La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret), sur le site de Duralex. L’objectif est de valoriser les expériences de maintien ou de relocalisation industrielle.
Parmi ses propositions, la CGT défend une loi de programmation industrielle, un moratoire sur les licenciements, le renforcement des obligations de recherche de repreneurs, la nationalisation d’activités stratégiques et le remboursement des aides publiques par les entreprises bénéficiaires qui licencient malgré des bénéfices. Autant de pistes que le syndicat juge indispensables pour enrayer la désindustrialisation et préserver l’emploi en France.
La Rédaction