Quelques semaines après avoir participé à un congrès international de la classe ouvrière à Caracas, Simon Franco Ramos, secrétaire général du syndicat CGT-CAP, réagit à l’intervention américaine au Venezuela. Dans cet entretien, il revient sur son expérience sur place, dénonce une « agression criminelle » contre la République bolivarienne et détaille les actions de solidarité syndicale engagées par son syndicat avec les travailleurs vénézuéliens du secteur de l’énergie.

Simon Franco Ramos, tu es secrétaire général du syndicat CGT-CAP. Quelle est ta réaction après l’intervention américaine au Venezuela ?

Simon Franco Ramos : Littéralement scié. En effet, à peine 2 semaines plus tôt, j’étais moi-même à Caracas, car invité officiellement, comme secrétaire général de mon syndicat, au 1ᵉʳ congrès latino-américain, caribéen et mondial de la classe ouvrière en défense de la Paix, qui s’est tenu à Caracas du 14 au 17 décembre 2025.
Sur place, j’ai rencontré et échangé avec des responsables syndicaux de nombreux pays. J’ai tissé des liens syndicaux et de travail avec les dirigeants des fédérations de l’électricité et du pétrole de la Centrale bolivarienne socialiste des travailleurs et travailleuses. Lors du congrès, j’ai eu l’honneur et le privilège de serrer la main du président de la République bolivarienne du Venezuela, Nicolás Maduro Moros. J’ai également eu l’opportunité d’échanger avec le ministre du Processus social du travail, le camarade Eduardo Pinate ainsi qu’avec des députés de l’Assemblée nationale vénézuélienne.
Ce qui m’a profondément marqué, c’est le haut niveau de démocratie populaire et l’esprit profondément révolutionnaire et socialiste de la classe ouvrière.
C’est donc avec une sidération totale que, moi-même et mes camarades, avons appris ce 3 janvier dernier cette agression criminelle menée sous l’ordre de Donald Trump contre la République bolivarienne du Venezuela et l’enlèvement de leur président ainsi que de la première dame et députée, Cilia Flores. Nous avons été choqués, attristés et en colère qu’une telle attaque puisse être menée. Je reste en contact quotidien avec les camarades vénézuéliens qui m’informent en direct de l’évolution de la situation sur place. Je me dois aussi de rendre hommage aux 32 citoyens cubains et à la centaine de citoyens vénézuéliens assassinés par l’armée des États-Unis.

En mars dernier, Carlos Alberto López Núñez, secrétaire général de la Fédération de l’électricité FETRAELEC du Venezuela, était présent à notre 8ᵉ congrès à Bordeaux. Avez-vous maintenu des liens ?

Simon Franco Ramos : Tout à fait. Je suis en relation constante avec Carlos, ainsi qu’avec Mercedes Gutiérrez également secrétaire de la fédération : sans eux, je n’aurais pas pu participer à ce 1ᵉʳ congrès latino-américain, caribéen et mondial de la classe ouvrière en défense de la paix. Nous sommes actuellement est en train de mettre en place un jumelage officiel dans le secteur de l’électricité qui vise, entre FETRAELEC et la CGT-CAP, à développer un échange mutuel de connaissances professionnelles et syndicales, notamment sur l’ingénierie, la conception et l’exploitation des centrales.

Face à la dégradation des infrastructures et au manque d’investissements dû à l’embargo américain, quelle stratégie un syndicat comme le vôtre peut-il mettre en place pour soutenir les travailleurs et garantir la continuité du service énergétique au Venezuela ?

Simon Franco Ramos : Cette coopération est en train de se construire. Nous avons rédigé un document officiel de partenariat dont l’objectif est clair : mettre en commun nos compétences syndicales et techniques.
Dans un premier temps, cela pourra passer par contribuer à dresser un état des lieux de leurs moyens de production et échanger autour des procédures, des normes, des méthodes de conception et d’exploitation car, disons-le, l’embargo n’empêchera jamais l’échange entre camarades.
Je tiens aussi à préciser que ce jumelage a été initié bien avant les tragiques événements et qu’on ne doit surtout pas se méprendre sur sa nature : nous ne sommes pas des « sauveurs », loin de là ! Les Vénézuéliens, malgré toutes les mesures unilatérales prises à leur encontre, s’en sortent très bien et je dirais même, très humblement, qu’ils ont plus à apporter à notre syndicat que l’inverse. En effet, leur expérience du « système D », leur pragmatisme, leur organisation du travail, leur culture syndicale et politique qu’ils ont développée depuis plus de 25 ans pour faire face à plus de 1 000 sanctions unilatérales et à l’embargo imposé par les États-Unis et par des pays comme la France, sont une inspiration pour notre syndicat ainsi que l’ensemble des adhérents et militants de la CGT.

Concrètement, comment les camarades de la FNME-CGT peuvent-ils exprimer leur solidarité envers le peuple vénézuélien aujourd’hui ?

Simon Franco Ramos : Dans l’immédiat, il est essentiel de communiquer le plus largement possible sur ce qui se passe là-bas. On ne peut pas faire abstraction de l’attaque meurtrière qu’ils viennent de subir, je le rappelle : 32 citoyens cubains et la centaine de citoyens vénézuéliens assassinés par les forces spéciales américaines.
Nous devons donc déployer une communication forte de soutien au peuple vénézuélien, à ses institutions, qu’elles soient syndicales, gouvernementales ou politiques. Nous devons demander sans relâche la libération du président Nicolás Maduro Moros et de son épouse Cilia Flores.
Parallèlement, notre syndicat renforce ses liens avec les camarades de l’énergie, ce qui permettra de travailler concrètement sur leurs besoins. Nous solliciterons ensuite les compétences présentes dans les syndicats de la fédération afin d’associer tous ceux qui souhaitent s’investir dans cette coopération.

Un dernier mot pour conclure ? Simon Franco Ramos : Oui. Nous vivons une époque dangereuse pour la paix, c’est pourquoi nous devons réaffirmer avec force notre solidarité envers le peuple vénézuélien et ses dirigeants. Venceremos !

Propos recueillis par Stéphane Gravier