
Libertés syndicalesL'Aube, dans le crépuscule
La répression syndicale a encore frappé, dans l'Aube cette fois-ci. La cible, Guillaume Roland, est un jeune militant CGT mines-énergie de Troyes qui avait pris part aux manifestations contre la réforme des retraites de 2010.
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À en juger par la multiplication des épisodes de répression syndicale liés aux manifestations contre la réforme de la retraite de 2010, il y a de quoi s'interroger ou conclure que l'activité syndicale dérange et que tous les moyens sont bons pour la faire taire. Quoi qu'il en soit, la énième affaire de répression syndicale « anti-manif-anti-réforme » qui nous occupe, est celle de Guillaume Roland. Et pour lui, c'est la triple peine : l'application de la réforme malgré les fortes mobilisations, la convocation au tribunal de grande instance puis celle, en Correctionnelle pour « dégradation de biens publics et refus d'obtempérer ». Ne pas se laisser impressionner par la sémantique judiciaire, ce qui peut être reproché à Guillaume, en réalité, c'est d'avoir abîmé (oxydé en l'occurrence) la peinture dorée des grilles de la préfecture de l'Aube au moyen de petits bouts de chiffon qu'il a enflammés dans la cour de la préfecture. Mais au moment des faits, - une des manifestations contre la réforme de la retraite qui réunissait 4 000 salariés sur le parvis de la préfecture - le syndiqué se trouvait, il est vrai, un peu trop près des grilles préfectorales.
Un procès éminemment politique
Plus inquiétant, en revanche, le volet « représailles » de l'affaire.
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Suite à la plainte pour dégradation de biens publics déposée par la préfecture, Guillaume a été reconnu coupable, le 12 octobre dernier, et condamné à deux mois de prison avec sursis assortis de 40 heures de travaux d'intérêt général et au versement de 20 000 euros qui correspondent à une estimation arbitraire du coût de la rénovation des grilles, soit un montant 2,5 fois supérieur à celui de 8 300 euros estimé, sur constat d'huissier, par Maître Lejeune, l'avocat défenseur de Guillaume Roland. Pour la CGT mines-énergie de Troyes comme pour l'union départementale de l'Aube, une condamnation à ce point disproportionnée n'a qu'un seul intérêt, celui de révéler au grand jour la dimension politique de l'affaire Guillaume Roland : sa visée antisyndicale. « Le préfet lui-même, lorsqu'il nous a reçus le 15 octobre suite au rendu du jugement, a qualifié d'exorbitante cette condamnation » révèle David Marin, secrétaire général de l'union départementale de l'Aube. À telle enseigne qu'il a déposé une demande de non-application de la sanction pécuniaire - les 20 000 euros - auprès de l'agence judiciaire du Trésor. Qu'elle soit acceptée ou pas, la demande laissera des traces. Celle d'une confirmation, en forme de désaveu, de la part d'un préfet représentant la partie plaignante - que le procès intenté à Guillaume Roland était éminemment politique.
Nathalie Carmeni |