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eize pages, et beaucoup de bruit… En mars dernier, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) publiait un rapport d’étape (1) issu d’un « groupe de travail sur la qualité de la distribution d’électricité » en France. Un document (soi-disant confidentiel) que le journal Le Parisien-Aujourd’hui en France allait divulguer, provoquant de fortes réactions dans tout le pays [lire page 13]. Réactions par ailleurs justifiées, quant à l’état passablement dégradé du réseau électrique concédé à eRDF, l’entreprise de distribution subissant selon la CRE de nombreuses pressions. Et, en premier lieu, « Celle d’EDF, qui obéit à la logique d’arbitrage entre des investissements présentant des caractéristiques de rendement et de risque différents, potentiellement au détriment des investissements concernant la distribution. » En clair, EDF se désintéresserait des réseaux gérés par sa filiale pour des investissements plus juteux… Le rapport relaye par ailleurs les critiques exprimées par les collectivités locales, « autorités organisatrices du service public de distribution qui se plaignent en outre, de délais d’intervention devenus excessifs » et « dénoncent l’état d’abandon dans lequel se trouvent aujourd’hui des ouvrages. »
Quinté perdant
48-43-12-15-19… Ces cinq départements (Lozère, Haute-Loire, Aveyron, Cantal, Corrèze) constituent la zone noire du réseau électrique, du sud-ouest au nord-ouest du Massif Central, avec les temps de coupure les plus longs. En tête de liste, la Lozère, et ses 35 heures et demie de coupure en 2008 (2)… Jacques Blanc, sénateur et président du Syndicat d’électrification et d’équipement (SDEE) de la Lozère regrette la « mauvaise publicité » faite au département suite à cette étude « qui date de 2008 et intègre des épisodes de neige épouvantables qui faussent les données. » Mais il en reconnaît néanmoins les mérites : « Mettre l’accent sur les besoins. Je me suis battu pour qu’eRDF augmente ses efforts d’entretien, sur l’élagage ou l’enfouissement, notamment en basse tension. Ce que nous demandons, en permanence, est d’avoir une présence locale, car nous sommes très loin de l’hyper concentration urbaine ! Mais nous avons eu des engagements d’Henri Proglio et d’eRDF en termes de renforcement des équipes d’entretien. Notre objectif n’est pas de rompre les concessions existantes, mais bien de les maîtriser. »
Engagements ?
Jean-Claude Chazal, [lire aussi pages 12 et 16-17] conseiller général du canton lozérien de Grandrieu, en doute quelque peu… « De manière générale, nous n’intéressons guère… Nous avons très peu d’habitants (3), donc très peu de consommateurs, avec des investissements lourds, des lignes très longues. Et des épisodes météorologiques désastreux. C’est là où les notions de service public et d’aménagement du territoire prennent tout leur sens. »
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Trop peu d’agents
Il suffit de compter le nombre d’agents exploitants, à la maille du département, pour réaliser que ce constat est réaliste.
Une dizaine sur Langogne, au nord-est du département, trois à Villefort, neuf monteurs dont cinq TST à Mende, la préfecture, quatre à Florac et quatre à Marvejols… Il est singulier de constater que ces zones de moyenne montagne, au climat rigoureux, font l’objet de dégraissages incessants de personnels, et sont soumises à un découpage kafkaïen, comme en témoigne Yvan Bonhomme, coordinateur régional FNME Auvergne-Limousin. « Langogne, en Lozère, dépend de l’Unité réseau électricité Val d’Allier (Ureva), dont le siège est à Montluçon (Allier). Sur ce territoire, quatre portefeuilles : exploitation électricité sur l’Allier, le Puy-de-Dôme, et la Haute-Loire ; l’exploitation gaz qui englobe les régions Auvergne et Limousin et dont le siège est à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; et la partie administrative qui englobe Auvergne, Limousin et Centre, dont la direction est à Chartres, dans l’Eure-et-Loir.
Et les prévisions à la maille d’Auvergne-Limousin attestent de la fermeture prochaine de treize sites. »
Donner des moyens à eRDF
La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) s’en est fréquemment émue, dénonçant « la réduction d’effectifs qui a conduit à supprimer la présence de proximité des équipes d’exploitants d’eRDF, compromettant ainsi gravement sa réactivité face à des situations d’urgence. » Pour la FNME-CGT, ce rapport de la CRE « Confirme ce qu’elle et les salariés dénoncent depuis plusieurs années : la libéralisation du marché et ses conséquences économiques transforment un groupe industriel en centre de profits pour son actionnaire majoritaire. Et si aujourd’hui eRDF n’est pas en situation de réaliser les investissements à hauteur des besoins de la nation, c’est aussi lié aux suppressions massives d’emplois : 1 669 salariés en 2008-2009. »
Et alors que la CRE préconise une augmentation de la productivité d’eRDF, voire même une ouverture de son capital « à des investisseurs externes », la CGT réaffirme qu’il faut « De toute urgence réorienter les choix stratégiques en matière d’investissements, au sein du groupe EDF et de ses filiales, et donner des moyens humains de proximité à eRDF. » Une analyse et une revendication qui s’inscrivent pleinement dans le mouvement du printemps 2009, lorsque les salariés ont massivement rejeté un projet industriel fondé sur le recours outrancier à la sous-traitance et l’abandon de la proximité, tournant ainsi le dos à ses missions de service public.
Christian Vallery
1) Téléchargeable sur : http://www.sdec-energie.fr/iso_album/rapport_d_etape_cre_5_
mars_2010.pdf
2) Haute-Loire, 10 h 50 – Aveyron, 5 heures ½ - Cantal, 5 heures – Corrèze, 3 heures ½.
3) La Lozère est le département métropolitain dont la densité de population est la plus faible, soit 15 habitants/km2.
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