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Quasi inconnus du grand public, ils pourraient pourtant bouleverser la donne énergétique mondiale. Ce sont les gaz dits non conventionnels, gaz de schistes, de houille ou de réservoirs compacts [lire page 13], en plein essor aux États-Unis, où ils représentent désormais 51 % des gaz extraits, avec 300 milliards de m3 produits en 2008. Depuis 1990, les USA ont multiplié par quatre la production de ce type de gaz qui devrait atteindre 60 % de la production américaine globale en 2030 selon de nombreuses projections. Le sous-sol américain en contient d’énormes quantités : l’agence internationale de l’énergie estime leurs réserves prouvées à 3 600 milliards de m3. Et les conséquences de ce développement, pourtant localisé, se font sentir désormais à l’échelle de la planète gazière…
Le GNL bousculé
L’essor du gaz naturel liquéfié (GNL) [voir Énergies Syndicales de juin 2008] laissait supposer aux pays gros consommateurs de gaz qu’ils avaient trouvés là une solution pour répondre à l’augmentation de leur demande : les projets de terminaux GNL fleurissaient partout dans le monde, y compris aux États-Unis, les sites d’extraction et de liquéfaction connaissant, par conséquent, eux aussi un développement exponentiel. Sauf que depuis plus d’un an, les prix du gaz ont dégringolé.
Aux États-Unis, le million de BTU (British thermal units - unité d’énergie livrée) se négociait à quatre dollars en décembre dernier, contre plus de treize en juillet 2008.
La crise et la récession provoquant une diminution de la consommation, les stocks ont gonflé, constituant une énorme bulle gazière. Et l’afflux des gaz non conventionnels semble désarçonner un peu plus un marché mondial déconcerté, en créant une surproduction… de plus.
Changements profonds
Aux États-Unis, nombreux sont les producteurs d’électricité qui tournent le dos au charbon au profit des turbines à gaz, profitant de cette manne économiquement compétitive et moins émettrice de CO_ que la houille traditionnelle, d’autant que les USA semblent vouloir s’engager désormais dans une réduction de leurs gaz à effet de serre. L’évolution technologique, notamment le développement de la fracturation hydraulique et le forage horizontal [voir page 15], a par ailleurs considérablement accru la rentabilité de l’extraction des gaz non conventionnels, attisant les appétits des grandes compagnies pétrolières. Le gaz deviendrait-il l’avenir… des pétroliers ?
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En 2008, Shell (anglo-hollandais) opérait des acquisitions sur les « tight gas » (réservoirs compacts) au Canada; BP (Royaume-Uni) se plaçait dans l’Arkansas et l’Oklahoma américain, tandis que l’italien Eni développait des champs de schistes au Texas. La plus grosse opération s’est déroulée récemment, en décembre 2009. Le 14, le géant américain Exxon annonçait son achat, pour la somme de 41 milliards de dollars, de XTO Energy, l’un des principaux exploitants de ce type de gaz dans les Appalaches, les Rocheuses, le MidWest et le Golfe du Mexique, avec des réserves avoisinant les deux milliards de barils équivalent pétrole. Comme le notait un analyste américain, « Le gaz naturel s'échange à un prix historiquement bas. Exxon fait un pari sur le gaz, et si d'autres acteurs font la même analyse, nous pourrions assister à d'autres opérations de ce type. » Les gaz non conventionnels nord américains sont venus s’ajouter à la production « traditionnelle », accélérant encore la chute des prix sur le marché, défiant par ailleurs toutes les prédictions des experts. Avec pour autre conséquence, non négligeable, de réorienter une grande partie des volumes de GNL destinés aux USA vers l’Europe…
Du côté du vieux continent, Total est tout récemment entré dans la danse, en créant une coentreprise avec Chesapeake Energy, qui exploite au Texas un énorme gisement de gaz de schistes. Une opération qui permet au groupe français d’acquérir une production de 30 000 barils équivalents pétrole par jour et d’ajouter 130 millions de barils à ses réserves prouvées. Et, comme le notait Christophe de Margerie, directeur général, « De développer son expertise dans les hydrocarbures non conventionnels pour poursuivre d’autres opportunités au niveau mondial. »
Bouleversements géopolitiques
Le groupe GDF-Suez, quant à lui, s’intéresse de près à la place de plus en plus importante du gaz, compte tenu, notamment, des problématiques environnementales. Jean-Marie Dauger, directeur général adjoint, note qu’« Au niveau mondial, le gaz peut potentiellement se substituer à des énergies plus carbonées (…) L’élément nouveau, dans le secteur gazier, est l’impact potentiel du gaz non conventionnel sur les flux mondiaux. Il peut être produit de manière compétitive par rapport au gaz importé, par exemple sous forme liquéfiée. L’avenir gazier des États-Unis peut s’en trouver bouleversé, tout comme les flux mondiaux. »
« Une réelle menace ». C’est en ces termes que Chakib Khelil, ministre algérien de l’Énergie et des Mines, qualifiait l’arrivée des gaz non conventionnels sur le marché. Une menace prise très au sérieux par les pays producteurs traditionnels qui doivent se retrouver au mois d’avril à Oran, lors de la prochaine réunion du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG). Et qui ont peur de voir disparaître les contrats d’exportation à long terme qui les lient habituellement à leurs clients, ceux-ci se tournant vers les marchés spot à court terme, aux tarifs plus attrayants. Une forme de concurrence gaz/gaz inédite…
Christian Vallery
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