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ActualitésDossier du mois Captage et stockage du CO2, la pression monte
Dossier du mois - Energies Syndicales
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Dossier du mois Captage et stockage du CO2,la pression monte  L'augmentation massive de CO2 dans l'atmosphère terrestre est une des causes majeures du réchauffement climatique. Issu de la combustion des matières fossiles, ce gaz fait l'objet de recherches intenses afin de le capter et de le stocker. Et le temps presse...

« La Terre d’aujourd’hui était partie vers un climat stable pour près de 20 000 ans encore, sauf que nous avons fait exploser le compteur des gaz à effet de serre. La teneur en gaz carbonique est passée de 280 à 370 PPM (Parties par million(1)) depuis l’ère industrielle. À la stabilité promise par la nature, nous substituons, ce faisant, le risque d’une excursion brutale à l’échelle géologique dans un climat inconnu sur terre depuis des millions d’années. » C’est en ces termes que s’exprimait en 2004 Jean Jouzel, membre du bureau du GIEC(2) et directeur de recherche au CEA. Et les signaux quant au réchauffement climatique sont non seulement avérés mais alarmants : la montée du niveau des océans se révèle plus rapide que les plus pessimistes des prévisions. Le GIEC prévoit, à l’horizon 2100, une augmentation de température comprise entre +1,4 °C et +5,8 °C. Parmi les gaz à effet de serre (3) responsables, le CO2 fait désormais figure de bête noire. 90% du CO2 émis provient de la combustion des matières fossiles (produits pétroliers, charbon, gaz naturel) et est donc lié aux consommations d’énergie, qui ne cessent d’augmenter. La production électrique représente 39% des émissions totales, le transport 23%, l’industrie 22%, les autres « émetteurs » étant le résidentiel, le tertiaire et l’agriculture(4).

 

Un enjeu planétaire

Selon le scénario de référence de l’AIE (Agence internationale de l’énergie), la progression mondiale des émissions de CO2 du secteur de l’énergie devrait être de près de 65% entre 2000 et 2030. Or le GIEC est formel : pour limiter le réchauffement climatique à +2 °C à la fin du siècle, il faudra qu’à cette date la teneur en CO2 ne dépasse pas 450 ppm. Ce qui implique qu’à l’horizon 2050, les émissions de CO2 aient été divisées par deux dans le monde, et par quatre dans les pays industrialisés. En décembre dernier, l’Union européenne a adopté un paquet Energie-Climat prévoyant une réduction de 20% des émissions pour les pays membres d’ici 2020. Si d’autres États dans le monde s’y engagent, ce chiffre pourrait être porté à 30%, lors d’une conférence internationale qui se tiendra en fin d‘année à Copenhague.

 

Le CSC, une solution parmi d’autres ?

Comment, dès lors, réduire les émissions de CO2 ? Les pistes sont nombreuses, à commencer par la maîtrise de la consommation d’énergie, dans le logement ou les transports, l’amélioration de l’efficacité énergétique, et le recours accru aux énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique…) ou au nucléaire. Mais comment faire pour les centrales thermiques existantes, au charbon, au fioul, au gaz ? Le captage-stockage du CO2 (CSC) représente une piste non 

 

négligeable : dix milliards de dollars (dont un pour l’Europe) sont actuellement investis dans le monde sur le CSC, qui consiste à capter le CO2 avant, pendant ou après la combustion pour ne pas le rejeter dans l’atmosphère. Et le stocker ensuite… [voir pages suivantes]. Des projets « pilote » voient ainsi le jour, testant les différentes technologies avant leur éventuel déploiement à l’échelle industrielle dans les années 2020-2030, le CSC étant censé participer à hauteur de 20% à la réduction des émissions à l’horizon 2050. Cinq pôles de développement se dessinent à l’échelle mondiale : l’Australie, les USA, le Canada, le Japon et l’Europe. Pour cette dernière, des projets existent depuis 1993 au sein des programmes-cadre de recherche et développement (PCRD).

Un des projets les plus importants se nomme Castor (CO2 from Capture to Storage). Lancé en 2006, rassemblant trente acteurs issus de onze pays européens, Castor s’est appuyé sur le site industriel d’Esbjerg, au Danemark. Le pilote installé, le plus important au monde en matière de fumées de combustion, a démontré la possibilité de capter 90% du CO2 émis par une centrale à charbon en postcombustion. Sur le même site a également été menée une expérience de stockage de CO2 en sous-sol.

 

Mix énergétique

Mais pour ses détracteurs, parmi lesquels de nombreux mouvements écologistes, le CSC ne serait pas une solution. Gourmand en énergie, coûteux à développer voire risqué pour l’environnement, « c’est donc une technologie qui ne doit être utilisée qu’en dernier ressort et qui ne doit pas détourner les efforts pour développer les trois solutions réellement durables : sobriété et efficacité énergétique, énergies renouvelables », selon la FNE (France nature environnement).

 

Sauf que le temps presse…

Comme le précise François Kalaydjian, de l’Institut français du pétrole (IFP) très impliqué dans les recherches sur le CSC, « Nous sommes aujourd’hui face à un mix énergétique qui repose à 80% sur les énergies fossiles. Et il n’y a guère que les naïfs ou les ignorants pour imaginer que l’on puisse changer cette situation du jour au lendemain. Les centrales, qu’elles soient nucléaires ou thermiques, sont là pour quarante ou cinquante ans. Nous avons besoin de structures produisant de l’énergie en base et qui, conséquemment, ne soient pas intermittentes. Quoi qu’on en pense et quoi que l’on veuille, ce mix énergétique évoluera, certes, mais de façon transitoire. Pas de façon brusque. Pour des décennies encore, l’utilisation des fossiles sera, si ce n’est majoritaire, du moins très présente. »

 

 

 

 

Christian Vallery

1) Soit un gramme par tonne.
2) Créé en 1988 par les Nations unies, le GIEC (Groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) a pour mandat d'évaluer les informations scientifiques, techniques et socio-économiques disponibles en rapport avec la question du changement climatique. Plus d'infos sur www.ipcc.ch/languages/french.htm
3) Méthane (CH4), protoxyde d'azote (N2O), hydrofluorocarbones (HFC), hydrocarbures perfluorés (PFC) et hexafluorure de soufre (SF6).
4) Pour la France, compte tenu du nucléaire, la production d'énergie ne représente que 12,7% des émissions de CO2, derrière les transports (32,5%), l'activité industrielle (20,7%) et les chauffage, climatisation, production d'eau chaude (18,5%).

 
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