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ActualitésDossier du mois L'eau, un bien commun
Dossier du mois - Energies Syndicales
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Dossier du mois L'eau,un bien commun  Qu'il s'agisse de son accès, de son assainissement, de sa gestion ou de son implication avec l'énergie, l'eau est une ressource fondamentale qu'il est urgent d'extraire du secteur marchand.

 

 

 Les problématiques liées à l'eau et à sa gestion ont occupé ces dernières semaines le devant de la scène. En mars dernier, la ville de Marseille accueillait deux manifestations, le Forum mondial de l'eau, du 12 au 17 mars et son opposé et contradictoire Forum alternatif mondial de l'eau (FAME), du 14 au 17 mars. Des manifestations de dimension internationale tant il est vrai que l'échelle des enjeux liés à cette ressource est désormais planétaire. Rappelons en effet qu'en 2010 800 millions de personnes étaient sans accès à l'eau potable dans le monde et 2,5 milliards sans installations sanitaires de base. Une insalubrité de l'eau qui entraîne 3,6 millions de décès par an, dont une majorité d'enfants, soit la première cause de mortalité dans le monde. Même si des progrès notables ont été accomplis ces dernières années, les disparités restent très fortes : 40 % des populations de l'Afrique subsaharienne n'ont pas accès à l'eau potable. De plus, sur les 3,8 milliards de personnes ayant l'accès à l'eau du robinet, un milliard environ n'a d'eau que quelques heures par jour, voire quelques jours par semaine…


Même constat mais solutions différentes
Deux événements pour un même sujet ? Pour Christian Pellicani, conseiller municipal communiste de Marseille participant au forum alternatif, il est important « de démasquer ce 6e Forum mondial de l'eau, un forum de marchands d'eau » qui, « Au-delà du message généreux recouvre un modèle de gestion que nous ne partageons pas. Le clivage n'est pas sur le constat mais sur la façon de gérer l'eau. » Le « modèle » de délégation de service public fut au centre de nombreux débats au cours du FAME. Un modèle utilisé bien souvent pour masquer la privatisation et la marchandisation de cette ressource vitale. Pour la plupart des acteurs ou observateurs alternatifs du secteur, une question reste essentielle : comment extraire l'eau du secteur marchand ? Comment mettre en place des mécanismes financiers qui ne soient pas conditionnés par des contreparties telles que les privatisations, prônées en leur temps par le FMI et la Banque Mondiale, notamment en Amérique latine…


Un autre modèle
Un modèle qui, même dans un pays comme le nôtre, n'est pas sans poser question. Pour preuve, les études et enquêtes publiées récemment, faisant état d'indicateurs alarmants. Où l'on constate des prix plus élevés (15 % en moyenne) dans les villes où les services de l'eau sont délégués au privé que celles où leur gestion est publique. Sans compter les disparités d'une région à l'autre, les prix variant de 1 à 3, voire de 1 à 5 (1). Des prix qui en moyenne ont grimpé par ailleurs de 57 % depuis 1994 : deux millions de foyers ont désormais du mal à payer leur facture. Une situation que dénonce la CGT autour d'un argument simple : « L'eau n'est pas une marchandise, c'est un bien public et un patrimoine commun universel. »

Eau et énergie
Une notion de bien public qui prend tout son sens dès lors que l'on rapproche eau et énergie. Comme le souligne Robert Gérenton, animateur du secteur Hydroélectricité de la FNME, « Lorsque l'on parle de l'eau, il est souvent question de distribution et d'assainissement. Les « majors » de l'eau sont d'ailleurs sur ce créneau-là. Mais la partie énergie n'est jamais loin de leurs préoccupations. Avec le renouvellement des concessions(2) la question se pose : comment accédera-t-on demain à la ressource en eau avec des opérateurs privés ? » Les enjeux économiques, sociaux et sociétaux de ce dossier sont conséquents(3), comme en témoigne la situation actuelle autour de l'usine d'aluminium de Saint-Jean-de-Maurienne, propriété du groupe Rio Tinto (ex-Péchiney). Groupe qui exige une rentabilité accrue et menace de fermer le site si les négociations avec EDF n'aboutissent pas… Historiquement, l'entreprise électro-intensive bénéficiait d'un tarif très bas, compte tenu de l'hydroélectricité produite dans la région. Une situation remise en question depuis la libéralisation du secteur de l'énergie, qui fait grimper les prix.


Guéguerre dans la micro
Au-delà de cet exemple industriel emblématique, même le « paradis écologique » semble pavé de mauvaises intentions… Pour preuve, l'affolement qui règne actuellement dans le secteur de la micro-hydraulique, soit environ 1 200 microcentrales. Car en octobre de cette année s'achèvent les contrats d'obligation d'achat négociés avec EDF, qui rachetait cette électricité jusqu'à 110 euros par MWh. Sauf à investir quelque 1 000 euros par KW installé, afin de satisfaire aux exigences notamment environnementales, les propriétaires de ces centrales sont déboussolés : à qui et comment vendre désormais cette électricité ? De nombreuses sociétés ont éclos sur ce marché, proposant leurs services pour vendre ces productions sur le marché de gros. D'autres encore cherchent à acheter des sites de production à tour de bras. Une effervescence qui fait grimper les prix de manière astronomique, le tout sous couvert d'arguments écologiques. Car c'est dans le cadre du Grenelle de l'environnement que de nombreuses associations avaient signé cette « Convention pour le développement d'une hydroélectricité durable. » Convention que d'autres, telle que France nature environnement, contestent : « La lutte contre le CO² est un faux argument : le petit hydro représente une énergie dérisoire. » Mais ne dit-on pas qu'il n'y a pas de petits profits?



Christian Vallery
1) Enquête réalisée par la fondation France libertés et le magazine 60 millions de consommateurs.
2) 20 % du parc hydroélectrique français, soit 5300 MW, sont ouverts à la concurrence au travers du renouvellement des concessions.
3) Lire pages suivantes.

 
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