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Pascal Lambolez
Je tiens tout d’abord à saluer les délégués présents et à vous remercier d’avoir répondu si nombreux à l’invitation qui vous a été faite à l’occasion de notre 4e congrès. Nous en sommes particulièrement heureux parce que cela nous conforte sur le sens de l’activité que nous tentons de mener au sein du syndicalisme international.
La FNME tient aussi à excuser l’absence de notre camarade Frédéric, à l’origine de la convocation de cette conférence. Il a beaucoup œuvré pour en assurer la réussite mais, pour des raisons d’ordre familial ne pourra vous saluer personnellement aujourd’hui.
Il est près de sa conjointe qui doit accoucher prochainement.
Malgré son absence, cette conférence et ce congrès ont une dimension toute particulière pour lui puisqu’il doit, à l’issue de cette semaine, tourner une page importante de sa vie militante et laisser la première responsabilité de notre organisation à une nouvelle équipe dirigeante.
Malgré cela, je peux vous assurer que dès qu’il le pourra il viendra personnellement vous saluer.
C’est pour ces raisons que me reviennent l’honneur et le plaisir de vous souhaiter la bienvenue au nom de la FNME CGT et de tous ses dirigeants.
Nombreux sont ceux qui, parmi les acteurs du syndicalisme international pourraient légitimement s’interroger quant aux raisons qui ont poussé notre organisation à proposer de consacrer cette journée à débattre entre nous du syndicalisme international dans les secteurs des mines et de l’énergie.
Ce n’est certainement pas une surprise pour toutes celles et ceux d’entre vous que nous avons eu l’opportunité de rencontrer ces derniers mois.
Cela fait maintenant plus de trente ans que les salariés subissent l’offensive dévastatrice conduite par le capital. Mondialisation, globalisation économique, libre échange, c’est au travers du dévoiement de valeurs fondamentales que les tenants des richesses ont développé de nouvelles méthodes, de nouvelles politiques aptes à assurer le renforcement de leurs intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général.
Ces dernières années, nous avons assisté à un immense jeu de Monopoly dans nos secteurs d’intervention. Dans les mines, les restructurations se sont traduites par le regroupement capitalistique de grands consortiums miniers. Aujourd’hui cinq groupes exploitent 80 % des ressources minières dans le monde.
Il en est de même dans les secteurs du pétrole, du gaz et de l’électricité dont les décideurs ont créé de grands pôles énergétiques. Ces regroupements sont facilités par les privatisations, d’entreprises nationales notamment dans les pays du Sud et à l’Est de l’Europe.
Profitant de l’embellie macro-économique du début des années 2000, due pour l’essentiel à l’essor des pays émergents, les multinationales ont engagé une guerre économique en vue de maîtriser le cours des matières premières et celui des ressources énergétiques de la planète. Elles ont ainsi choisi la financiarisation de l’économie au détriment de la production industrielle. Aujourd’hui les richesses produites par des millions de travailleurs de ces secteurs s’accumulent dans les mains d’un groupe de multinationales.
Cette accumulation pharamineuse de profits, leur permet de renforcer leurs positions dans l’économie globale en imposant leurs règles et leurs volontés contre les besoins sociaux, économiques et environnementaux. C’est pourquoi elles ont besoin de bafouer aussi les libertés et les droits syndicaux. Le secteur minier est l’une des premières économies ayant un impact sur l’environnement planétaire. La production d’électricité, quant à elle, pèse sur les politiques environnementales en fonction du type de production.
Je ne reviendrais pas plus en détail sur l’histoire récente de l’évolution capitalistique du monde, celle-ci a suffisamment laissé de cicatrices douloureuses dans la mémoire des salariés et de leurs organisations pour que nous l’ayons tous ancrée en nous. Ce que je soulignerais malgré tout, ce sont les conséquences désastreuses de ces politiques de laisser-faire qui ont abouti, ces derniers temps, à une multiplication de crises qui viennent aggraver la situation des peuples et remettre dramatiquement en cause les perspectives de développement de nos sociétés.
Le modèle de développement mis en œuvre s’appuie sur un renforcement de la puissance économique des multinationales, auquel personne ne trouve rien à redire quant aux pratiques qui ne respectent en rien les fameuses règles dites de « concurrence libre et non faussée », d’éthique sociale ou encore de développement durable.
D’autant que ce sont elles qui dictent leurs propres règles aux pouvoirs publics. Il n’y a qu’à voir comment les dirigeants des principales puissances économiques emmènent systématiquement avec eux une cour de représentants de leurs principales entreprises nationales à chacun de leur déplacement dans le monde.
Cela donne une image assez affligeante que de voir les hommes les plus influents de la planète transformés en VIP des multinationales qui, pour tout remerciement, exigent des politiques de défiscalisation, la remise en cause des droits sociaux, la précarisation, la flexibilité pour les salariés, le droit de développer la mise en œuvre de politiques de dumping social au travers de la sous-traitance et des délocalisations d’activités.
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Mais revenons aux crises.
La crise écologique tout d’abord : Elle est issue d’un modèle économique irresponsable, basé sur la recherche du profit immédiat au détriment de la mise en œuvre de politiques démocratiques de développement durable, respectueux des équilibres écologiques.
Intégrer une réelle dimension démocratique dans le processus de décision restera impossible à mettre en œuvre tant que les gouvernements, attachés à défendre leurs propres modèles de développement refuseront tout compromis pouvant aller dans le sens d’une réelle prise en compte de l’intérêt de l’ensemble des peuples et de la planète. Le constat est pourtant cruel : ce sont 20 % de la population mondiale qui consomment 80 % des richesses. 2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’énergie.
L’échec du sommet de Copenhague est à l’image du refus de se confronter à ces réalités et nous ne pouvons que constater comment les organisations syndicales internationales se sont montrées impuissantes à peser sur un débat pourtant fondamental pour l’avenir des peuples et donc des salariés.
Que dire quant à la crise économique qui est venue frapper de plein fouet l’ensemble des pays du monde ? Celle ci a été dramatique par son ampleur. Ainsi des milliers de milliards de dollars ont été mobilisés pour sauver les économies nationales ou plutôt, pour être plus précis pour sauver le système bancaire mondial privé, fragilisé par de fumeuses et subtiles méthodes qui visent à créer de l’argent sur du vent.
Le temps des grandes déclarations, des convocations de sommets internationaux, de la mise en scène de commissions d’enquêtes parlementaires, de promesses de projets de loi, le temps où tous dénonçaient les pratiques inadmissibles des milieux financiers, où tous promettaient la moralisation du capitalisme, la mise en place d’outils de régulation démocratique où l’intérêt des peuples aurait la primauté, ce temps-là est bel et bien révolu.
Les banques ont été une à une renflouées par l’argent des contribuables, partout les engagements se sont transformés en promesses, puis en chartes éthiques, et puis…
Et puis la vie reprend son cours normal, la « moralisation » de la finance est passée au rang des promesses électorales qu’on laisse au fond du tiroir une fois l’échéance passée. Et les milieux financiers, les banques reprennent leurs pratiques habituelles mises entre parenthèse le temps de recouvrir leur perte avec l’argent public.
Ce sont les bonus indécents versés aux traders et aux actionnaires bien sûr, mais aussi et surtout des pratiques insupportables telles celles qui visent à spéculer sur la dette des États les plus affaiblis par la crise que ces banques ont, elles-mêmes, déclenchée.
D’une crise qui promettait de remettre en question le système capitaliste ultralibéral, on aboutit à son utilisation pour ré-accélérer les déréglementations, les dérégulations, exiger de nouveaux sacrifices des peuples et plus particulièrement des salariés.
C’est cette logique insupportable qui frappe de plein fouet les peuples partout dans le monde et je tiens à saluer ici tous ceux, qui ont su créer les conditions de la mobilisation des salariés pour s’opposer aux mesures antisociales que tentent de leur imposer les pouvoirs en place.
Une fois de plus ce sont les salariés qui seraient condamnés à payer les conséquences de cette crise dont ils ne sont pas responsables, au travers de la remise en cause de leurs acquis, le gel des salaires, l’éradication des systèmes de protection sociale, le développement du chômage de masse, la désindustrialisation, les délocalisations.
La mise en concurrence des salariés par-delà les frontières au nom de la rigueur économique reste le meilleur moyen de tirer vers le bas les droits sociaux, de paupériser les peuples y compris dans les pays les plus riches.
Il en est ainsi par exemple en Europe, où la mise en œuvre de déréglementations permettant cette mise en opposition des droits sociaux ne fait qu’éluder tout débat sur la construction d’une Europe sociale juste, équitable, équilibrée respectueuse de l’intérêt des femmes et des hommes. Voilà un débat dans lequel le syndicalisme a toute sa place !!!
Nous sommes loin d’avoir atteint ces revendications. Les forces auxquelles nous sommes confrontés ne s’en laissent pas compter aussi facilement et mettent en œuvre toutes les armes idéologiques, juridiques, matérielles dont elles disposent, autrement dit tout ce que leur a permis un rapport de force jusqu’ici en leur faveur.
Existe-t-il un meilleur moyen d’empêcher tout rassemblement des salariés à l’échelle internationale, d’interdire toute forme de solidarité à même de remettre en cause cette stratégie du capital que de créer les conditions d’une bipolarisation du monde du travail, pays riches contre pays pauvres, pays du nord contre pays du sud, de laisser penser aux salariés que les intérêts des uns s’opposent à ceux de leurs voisins ?
Il y a là un véritable piège qui nous est tendu et que nous devons écarter avec force si nous ne voulons pas que les salariés en payent durablement les conséquences. Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de mener des guerres intestines au sein du mouvement syndical international.
Face à cette réalité que vivent douloureusement les salariés de l’énergie et des mines, notre réaction, notre posture commune doivent être solidaires, unies, rassemblées. Nous devons ensemble tourner le dos aux débats de structure et prendre à pleine main ce qui doit nous rassembler : le droit des salariés et des peuples d’accéder à la dignité, de gagner et de préserver des droits sociaux de haut niveau et pour cela de disposer d’une juste part des richesses créées, fruits de leur travail. De tout temps les organisations internationales ont développé des solidarités, soutenu les syndicats en lutte, recherché et exigé auprès des gouvernements et des institutions intergouvernementales des normes internationales permettant de réguler et d’améliorer les conditions de vie et de travail des salariés.
La mondialisation, les évolutions de l’économie globale, ont conduit les organisations syndicales nationales et internationales à rechercher de nouveaux espaces de concertations, de négociations à tous les niveaux.
Certes, des avancées ont eu lieu ces dernières années, notamment par le biais de l’élaboration de normes fondamentales, mais celles-ci ont un impact limité, restant le fruit d’accords consensuels.
De la même manière, depuis près de dix ans, les négociations d’accords cadres se sont multipliées au sein des multinationales au mieux avec l’implication des fédérations syndicales internationales dans la négociation parfois directement avec des ONG sans aucune prérogative ni mandat.
Il est évident que sans l’implication des syndicats nationaux et du rapport de force qu’ils peuvent représenter cette pratique d’accords de sommet trouve rapidement ses limites.
La force, l’efficacité du syndicalisme international ne peut venir que de la masse des organisations de salariés qu’il représente.
Nous devons faire entrer dans les faits la volonté régulièrement affichée par le mouvement syndical international d’agir uni et rassemblé pour faire face à un patronat parfaitement organisé au niveau international. Le syndicalisme international doit se donner les moyens de réagir. L’ensemble de ces réflexions appartient à la FNME-CGT et en aucun cas nous n’envisageons d’en imposer le sens et le contenu aux organisations présentes aujourd’hui.
Pour en avoir débattu avec certains d’entre vous, une grande part de cette analyse est partagée avec plus ou moins de nuance.
Pour autant, nous avons décidé non seulement de vous faire part de cette analyse, mais aussi de vous la livrer en tant que contribution. Nous souhaitons un grand débat, ouvert à tous les acteurs syndicaux du secteur des mines et de l’énergie, sans a priori ni volonté de peser plus qu’aucune autre organisation.
En effet, nous considérons qu’actuellement aucune organisation n’est en capacité à elle seule, de répondre aux attentes fortes des travailleurs des mines et de l’énergie. Nous pensons qu’il y a nécessité de faire évoluer le syndicalisme international, pour mettre en œuvre dès à présent le processus de construction de nouveaux modes de fonctionnement.
Les différences ne sont pas un facteur de division à partir du moment où les organisations identifient les contenus revendicatifs communs.
Nous pensons que les travailleurs ont besoin plus que jamais de l’unité des organisations syndicales, pour préserver les droits acquis, pour conquérir des droits nouveaux, afin de peser sur la stratégie des entreprises multinationales.
C’est à ce niveau que se situent les enjeux. Notre engagement doit être à la hauteur des attentes des millions de travailleurs de l’énergie et des mines. Nous vous proposons de dégager les pistes aptes à redonner de l’efficacité au syndicalisme international. Nous avons à trouver des réponses aux nombreuses questions auxquelles nous pensons être confrontées :