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La CECA Vu par les syndicalistes montcelliens

Le dimanche 7 mars 1954, l’Union départementale des syndicats CGT de Saône-et-Loire dont le siège se trouve à Montceau-les-Mines et dont le syndicat des mineurs de Blanzy constituait le fer de lance, organisait une « importante conférence ». Le sujet de celle-ci portait sur « Le plan Schuman et ses conséquences pour [la] région » et s’adressait aussi bien aux métallurgistes du Creusot et de Gueugnon qu’aux mineurs montcelliens. Pour préparer les esprits à cette conférence, l’UD publiait une brochure rédigée par son secrétaire du moment, Roger Becquet. Ce que les protagonistes d’alors décrivirent comme un « document » permet aujourd’hui effectivement de mieux connaître les jugements portés par les militants syndicalistes de Saône-et-Loire sur la Communauté européenne pour le charbon et l’acier.

Avant d’exposer les principales analyses du texte, il faut retracer le contexte international, national et local dans lequel se plaçaient cette conférence et cette brochure. Relever, même brièvement, l’environnement événementiel du temps paraît d’autant plus nécessaire que la brochure traite de questions internationales et de leurs répercussions locales.

Guerre froide, construction européenne et Troisième force

Deux phénomènes caractérisaient alors les relations internationales. Deux thèmes agitaient beaucoup l’opinion, ou du moins certains milieux, et parcourent le texte ou s’y trouvent sous-jacents : celui de la Guerre froide et celui d’une Europe unie.

En février 1954, ce que l’on a pris l’habitude d’appeler la Guerre froide sévissait encore. En fait, comme le souligna le journaliste qui se fit l’historien de cette période pendant laquelle les deux blocs faillirent s’affronter, 1954 se situait plutôt dans un moment de réchauffement qu’il nomma « le dégel »2. L’année 1953 fut en effet celle de la mort de Staline le 5 mars, de l’armistice coréen le 27 juillet et les premières semaines de 1954 se placèrent sous le signe de la négociation avec la tenue à Berlin de la « Conférence à quatre ». Ce dégel ne ressemblait cependant pas à une débâcle. L’atmosphère demeurait lourde, chacun marquait son territoire. Moscou, qui allait annoncer le 8 août qu’il possédait la bombe H, réprimait le soulèvement ouvrier de Berlin-Est, tandis que la CIA permettait à Mohammed Reza Pahlavi de renverser manu militari un premier ministre jugé trop progressiste.

Dans l’optique de notre texte, la construction de l’Europe, particulièrement la mise en place de la Communauté européenne pour le charbon et l’acier, constituait le second grand pôle d’intérêt de ces années 1950. En février 1954, cette CECA semblait définitivement instaurée. La déclaration Schuman datait déjà de près de quatre ans, le traité de Paris avait été signé le 18 avril 1951 et ratifié par le Parlement le 13 décembre de la même année ; la Haute autorité installée le 10 août 1952, ouvrit officiellement le marché commun du charbon le 10 février 1953, celui de l’acier le 1er mai suivant.

Nous pouvons alors légitimement nous interroger sur l’opportunité de développer, oralement et par écrit, des arguments contre une institution qui fonctionnait depuis un an déjà. Les organisateurs, il est vrai, ne désespéraient pas, du moins en apparence, de voir le Parlement abroger ce traité. Dans les « solutions véritables pour la défense de nos usines » énumérées à la fin de la brochure, ils demandaient que « l’action unie s’engage auprès des parlementaires pour que l’Assemblée nationale se prononce sur le retrait de la France du plan Schuman »3. A défaut d’un tel retrait, les syndicalistes souhaitaient par une série d’actions ponctuelles, limiter les effets à leurs yeux néfastes de l’institution de la CECA. Nous pouvons également avancer une autre explication pour éclairer la tenue de cette conférence à cette date tardive. Si le débat sur la CECA s’estompait, la querelle de la Communauté européenne de défense battait son plein4. Pendant l’hiver 1953 et le printemps 1954, bien que la question indochinoise masquât quelque peu le problème de l’armée européenne, il parut clair que l’Assemblée nationale devrait se décider à choisir, ce qu’elle fit d’ailleurs d’une manière peu élégante en août 1954. La CED entrait donc dans une phase décisive, celle de l’agonie. Faut-il donc voir dans cette brochure un écho lointain de cette querelle ? Son étude apportera, nous l’espérons, des éléments de réponse à cette question.

La bataille de la CED approfondissait à l’évidence les clivages politiques intérieurs et divisait même certains partis comme la SFIO. Nous ne devons pas négliger, pour éclairer un texte qui s’y réfère à plusieurs reprises, le contexte politique national. A cet égard, la brochure évoque, de façon presque incantatoire, une date clef : celle de 1947. « Depuis sept ans »… annonce le préambule tandis que l’auteur parle ensuite des « gouvernements qui se sont succédé depuis 1947 », cite de nouveau cette date deux pages plus loin. Ce millésime sert de référence dans une comparaison de productivité la page 14, et des bénéfices à la suivante. Il en est encore question page 23 pour évoquer « les divers gouvernements qui se sont succédé depuis 1947 » année citée comme base quelques lignes plus bas pour estimer l’évolution de la situation de la paysannerie. L’auteur nous en parle toujours pages 25 et 27 pour dénoncer « toute la politique des gouvernements qui se succèdent depuis 1947 »5. Toutes ces allusions suggèrent que cette année 1947 constitua un tournant dans la condition ouvrière, marqua le début de graves difficultés. « Depuis sept ans », nous dit l’auteur en introduction, « les travailleurs voient leurs conditions de vie s’amenuiser ». « Depuis 1947, poursuit-il, les réductions d’horaires et les licenciements se sont multipliés », la productivité a notablement augmenté, comme les bénéfices des entreprises. La brochure désigne deux responsables principaux de cette dégradation, le plan Marshall et surtout les gouvernements successifs qui menèrent une « politique antiouvrière » aux « conséquences néfastes ». Le départ des ministres communistes le 4 mai 1947, que l’auteur ne signale jamais explicitement, l’annonce du plan Marshall le 5 juin et son acceptation par le gouvernement français douze jours plus tard auraient provoqué une cassure pour la classe ouvrière, en Saône-et-Loire comme ailleurs. L’auteur ne distingue d’ailleurs aucun (« tous les gouvernements ») des seize ministères qui se suivirent de mai 1947 à juin 1953, ne fait pas le départ entre Paul Ramadier et Robert Schuman, entre Jules Moch et Antoine Pinay.

Si le contexte politique apparaît souvent du moins sous la forme répétitive relevée ci-dessus, l’environnement économique national est absent du texte. Et pourtant : après le « boom » coréen de 1950-1951 – l’indice de la production globale en 1950 dépasse de 8 % celui de 1949, et en 1951 s’établit à 6,5 % au-dessus de celui de 1950 – l’activité ralentit momentanément. De 12,5 % entre 1950 et 1951, 1a croissance de la production industrielle tomba à 1 % entre 1952 et 1953. Aggravée par l’« expérience Pinay » (mars 1952-août 1953), cette récession toucha les charbonnages qui se trouvèrent en 1953-1954 en surstockage. Les stocks atteignirent en effet 8 millions de tonnes fin 1954, soit environ 15 % de la production. Celle-ci recula de 57,3 à 54,5 millions de tonnes entre 1952 et 19536.

L’auteur évoque au contraire largement la conjoncture économique locale, à tel point que celle-ci constitue l’une des bases de la brochure. La situation économique du bassin Dheune-Bourbince serait même, selon Roger Becquet, la cause première de la mise sur pied de la conférence. L’auteur avance en effet deux raisons pour expliquer l’organisation d’une réunion publique. D’abord, la « paralysie économique » subie par la région et son corollaire, « la misère » qui « devient plus grande » pour « des milliers de travailleurs qui ont déjà perdu leur travail », « au seuil de cette année 1954 » ; à ce fait de conjoncture se joint une cause structurelle : les problèmes de la CECA concernent au premier chef la région puisque celle-ci, « à elle seule, groupe 23000 mineurs et métallurgistes ». « Voilà pourquoi, poursuit le secrétaire de l’UD, nous voulons alerter tout particulièrement les travailleurs et la population de cette région de Montceau, Gueugnon et Le Creusot »7. Au recensement de 1954 en effet, sur les 70651 ouvriers dénombrés en Saône-et-Loire, 24175 travaillaient dans ce que l’on nomme aujourd’hui la Communauté urbaine Le Creusot-Montceau, à l’exclusion de Gueugnon; 8493 des 10102 travailleurs occupés dans l’industrie extractive du département (84,7 %) s’y trouvaient concentrés et 15596 des 54009 ouvriers (28,8 %) des industries de transformation8. A eux seuls, les effectifs des deux entreprises géantes, les houillères du bassin de Blanzy et la Société anonyme des forges et ateliers du Creusot, l’ancienne Cie Schneider, représentaient 20500 ouvriers soit 29 % du total de la classe ouvrière du départe ment. En ce sens, la tenue d’une conférence sur la CECA, donc sur les industries minières et métallurgiques, se justifiait amplement.

Après cette rapide esquisse du contexte dans lequel se trouvaient nos conférenciers, il faut nous attacher au texte lui-même. La richesse et le nombre des thèmes abordés font que nous pourrions lui consacrer une longue étude. Par exemple, il serait possible d’analyser les moyens d’action retenus par les militants pour remédier aux effets de la CECA et de voir comment ils prolongèrent la conférence, quels résultats ils obtinrent. Faute de temps, nous nous contenterons de dégager l’analyse globale faite par l’UD du plan Schuman ainsi que les conséquences locales qui, selon elle, découlèrent de la création de la CECA.

« Un plan de guerre et de misère »

« Cette monstruosité » : tel est le qualificatif employé par le texte pour désigner ce qu’il appelle plus le plan Schuman que la CECA. Dans la trentaine de pages petit format de la brochure, il est en effet question une quarantaine de fois du « plan Schuman », et une seule fois de la CECA (p. 6). Est-ce parce que le langage populaire retient la première dénomination, plus courte, moins technocratique, plus personnalisée et donc plus parlante ? Ou parce que le nom de Schuman à consonance germanique – l’Humanité traitait alors le président, né au Luxembourg et ancien combattant de la Grande guerre sous l’uniforme allemand de « boche » – accentuait l’aspect étranger du plan ? Quoi qu’il en soit, l’auteur distingue dans ce plan deux buts, l’un général, l’autre plus spécifique, celui-ci découlant de celui-là. Le but général ne fait aucun doute dans l’esprit des syndicalistes montcelliens : il s’agit ici d’« un plan de guerre et de misère »9. Plus précisément, la CECA viserait à réarmer l’Allemagne sous la houlette des États-Unis. « Le plan Schuman », peut-on lire page 27, « est chargé d’assurer l’armement de l’armée européenne et en premier lieu de la nouvelle Wehrmacht ». Dans un sens même, la CECA reprendrait les buts de guerre que s’assignaient les nazis puisque « la politique de la Grande Europe qu’Hitler n’a pu imposer au prix des plus odieuses occupations, torture et déportations, on voudrait aujourd’hui l’imposer au peuple français ». Dans sa présentation des faits, le secrétaire insiste sur l’analogie avec la situation des années noires. Le mot « déportation », lourd de sens dans une région où la Résistance fut âpre, revient à cinq reprises sous sa plume10.

Même si l’on écarte cette filiation, il en demeure une autre. L’« inspiration américaine », en effet, se trouve à la source. Le plan constitue « un des maillons de la chaîne de toute la politique atlantique », « un succédané économique » du Pacte, un « fidèle continuateur du plan Marshall »11. D’autre part et dans le même ordre d’idée, la CECA serait étroitement liée à la Communauté européenne de défense. Nous l’avons vue tout à l’heure « assurer l’armement de l’Armée européenne » et la brochure cite une déclaration de François de Menthon selon laquelle « le pool charbon-acier et la CED sont inséparables »12.

Dans cette Communauté européenne de défense, la CECA tient un rôle bien défini. Nous touchons là au but spécifique relevé par l’auteur. « Le plan Schuman, affirme-t-on, a un but bien déterminé : celui d’assurer dans la Ruhr et dans l’Est un gigantesque arsenal militaire à la disposition de l’Armée européenne ». Plus loin, l’auteur reprend la même idée en notant que « l’objectif essentiel du plan Schuman était de concentrer les productions sidérurgiques et charbonnières en un puissant arsenal dans la Ruhr et en Lorraine »13.

Ainsi la CECA constituerait-elle un élément particulier, technique, d’un ensemble plus vaste, de la grande organisation belliciste conduite par les Américains, « les revanchards de l’Allemagne de Bonn » et les « gros capitalistes français ». Si les auteurs du complot apparaissent clairement, les victimes potentielles, en revanche, ne sont jamais désignées. L’auteur nous parle certes page 10 des pays de l’Est, mais seulement pour préciser que « les exigences des milliardaires américains […] interdisent nos échanges » dans cette direction et constituent donc « des facteurs qui empêchent le développement de nos exportations ».

Cette analyse pose une série de questions. Le plan Schuman était-il vraiment d’origine étrangère, particulièrement américaine ? Constituait-il un élément du plan Marshall, le continuait-il dans le domaine économique ? La réalité des liens entre la CECA et la CED avait-elle la force qu’on lui prête ? Le plan Schuman visait-il réellement à créer un pool industriel Ruhr-Lorraine ? Et finalement, bien que la liste des interrogations puisse être encore allongée, était-ce vraiment un « plan de guerre et de misère » ?

A la question de savoir si la CECA naquit de pères étrangers, les réponses divergent. D’aucuns le pensaient à l’époque en France. Bernard Lavergne, analyste à chaud du plan Schuman, affirmait l’« origine germanique » du « pool charbon-acier » qui remonterait « pour le moins en 1931 à M. Hugo Stinnes ». Toujours selon cet auteur, l’idée du magnat de la Ruhr aurait « émigré » aux `États-Unis où Jean Monnet la « recueillit » vers 1948 ou 1949 et de « puissantes voix américaines » auraient stimulé « l’ambition » du premier commissaire au plan14. Le même scénario, avec des détails différents, ressort de l’intervention à la Chambre de Gilbert de Chambrun. Pour le député « progressiste », l’idée d’un combinat, d’un marché unique franco-allemand germa dans l’esprit du chancelier Adenauer et du président du Conseil fédéral Arnold qui convainquirent M. MacCloy, haut-commissaire américain en Allemagne, du bien-fondé de leurs vues. Le haut fonctionnaire américain les aurait écouté d’une oreille attentive puisque lui-même se trouvait lié à la banque Dillon Reed and Co qui finança le relèvement de la Ruhr dans l’Allemagne de Weimar15.

Mais c’est du côté du Parti communiste que nous trouvons les plus vigoureux dénonciateurs du caractère étranger du plan Schuman. « Ce plan-là n’est pas un plan français ! », s’écria au Palais-Bourbon Alfred Biscarlet, député communiste. « La proposition Schuman », renchérit à la même tribune Ambroise Croizat, « est en réalité […] d’inspiration américaine ». Et l’ancien ministre du travail étaya sa démonstration en soulignant que Robert Schuman lança sa proposition le lendemain – en réalité deux jours s’écoulèrent – de la visite de Dean Acheson, le secrétaire d’État américain. Alfred Biscarlet développa de son côté la thèse de l’origine allemande de la CECA, jouant sur les mauvais souvenirs laissés par l’Occupation, souvenirs encore vivaces six ans après la Libération16. Il fallait selon lui remonter à 1917, à un mémoire secret adressé à Guillaume II par un industriel sarrois pour trouver les véritables origines du plan. Hugo Stinnes et le Comité des forges français reprirent ensuite l’idée pour créer le consortium Ruhr-Lorraine. L’annexion de la Lorraine en 1940 permit la réalisation de ces projets.

Mais qu’en disent les principaux intéressés, notamment celui qui donna son nom à l’affaire ? On sait depuis toujours que Jean Monnet se trouva à l’origine de la déclaration Schuman. Lors du débat à l’Assemblée nationale consacré le 6 décembre 1951 à la ratification du traité de Paris, Robert Schuman rendit hommage au premier commissaire au plan, soulignant « la part prépondérante qu’a eue, dès les premières heures et qu’a gardée plus tard dans la conception de ce plan et dans l’élaboration des textes un homme à qui la France doit tant d’ initiatives pour elle vitales »17. Alors, que nous apprend Jean Monnet dans ses Mémoires18 ? Il distingue les origines lointaines et immédiates de l’idée de fusion. L’importance qu’il attachait à ce thème ressort dans la présentation de ses mémoires qui, sans souci de l’ordre chronologique, débutent justement par l’épisode de la tentative d’union franco-anglaise de Churchill en juin 1940 à laquelle Monnet se trouvait étroitement mêlé. L’idée chemina ensuite, réapparaissant dans les conversations de Jean Monnet avec ses amis (français) René Mayer, Robert Marjolin et Hervé Alphand à Alger en 1943. Quant aux origines proches, nous pourrions les déceler dans de nouvelles conversations, celles-ci avec des Britanniques en avril 1949 au cours desquelles, selon Étienne Hirsch, collaborateur de Monnet, les problèmes miniers furent évoqués19. Toujours d’après Jean Monnet, l’idée de fusion hantait aussi Konrad Adenauer qui en mars 1950 suggéra une union totale franco-allemande sur le modèle de la proposition Churchill de 1940.

Monnet s’affirme toutefois comme seul père de la CECA. L’idée précise aurait germé dans son esprit au printemps 1950 lors d’une course en montagne et il lui donna une forme cohérente à la mi-avril de la même année lorsqu’il confia le projet à son ami Paul Reuter. Un autre personnage donne une version différente de la genèse de la CECA mais qui renforce l’hypothèse de l’origine française du plan. Jacques Gascuel, ingénieur ayant travaillé aux débuts de la planification avec Jean Monnet, soutient avoir donné l’idée à Jean Monnet. Le rôle de ce protagoniste, qui publia dans la revue Perpectives en 1949 un article intitulé « Une Lotharingie à base industrielle », est nié par d’autres collaborateurs de Jean Monnet20.

Cependant, même en admettant que le plan Schuman fut généré par des Français, les liens privilégiés entretenus par certains des pères de la CECA avec les États-Unis pouvaient induire en erreur. Dès 1919-1920, Jean Monnet tissa avec des lawyers nord-américains qui plus tard jouèrent des rôles diplomatiques éminents, des relations solides. Nous songeons à John Foster Dulles, bien sûr, qui devint secrétaire d’État sous la présidence d’Eisenhower, mais aussi à Dean Acheson, son prédécesseur, Mac Cloy, haut commissaire en Allemagne. Pis encore : les grandes lignes de la déclaration Schuman du 9 mai 1950 furent exposées au secrétaire d’État américain avant de l’être devant le conseil des ministre français. Jean Monnet s’en explique dans ses Mémoires. Dean Acheson, précise-t-il, s’arrêta à Paris avant de se rendre à Londres où Robert Schuman devait le rejoindre pour une conférence avec Bevin. « Il n’était pas concevable », explique Monnet, « de laisser les deux ministres s’entretenir dans l’intimité de tout sauf de ce qui le surlendemain serait plus important que tout… »21. Le ministre de Truman se trouva donc parmi la dizaine de privilégiés mis dans la confidence.

Une fois avertis, les Américains manifestèrent-ils un grand enthousiasme ? Relevons qu’avant la fin de la guerre ils projetèrent, avec le plan Morgenthau, de désindustrialiser l’Allemagne. Lors de la rencontre avec Schuman, D. Acheson ne comprit pas la portée du plan qui lui était présenté. Il n’y vit qu’une sorte de cartel, une entente entre trusts, et pour cet Américain nourri dans le sérail rooseveltien, c’était, pour reprendre les termes de Jean Monnet, « un péché inexpiable ». Mais rapidement, les États-Unis appuyèrent le projet du ministre des Affaires étrangères français et le secrétaire d’État, en accord avec le président Truman, publia une déclaration approbatrice22.

Dans un ordre d’idée proche, et ce sera la seconde question que pose le texte, le plan Schuman prolongeait-il le plan Marshall ? Il paraît clair que la CECA ne découlait pas automatiquement de ce plan puisque celui-ci avait en 1948 créé sa propre organisation économique, l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) regroupant seize pays. Plus généralement, la CECA entrait-elle dans le Pacte atlantique, en constituait-elle un « maillon » ? Le Parti communiste n’en doutait pas. « Le plan Schuman » déclara Florimond Bonte au Palais-Bourbon, « n’est qu’un des rouages de l’infernale machine de guerre du Pacte atlantique ». Lors de la réunion du Comité central d’Aubervilliers le 24 juin 1950, Maurice Thorez affirma que le plan visait « d’abord à intégrer l’Allemagne dans le bloc des agresseurs du Pacte atlantique »23. Il est clair que nous pénétrons dans le domaine des jugements de valeur et qu’il est extrêmement difficile, une fois posé le fait que, organiquement, la CECA n’avait rien à voir avec le Pacte et l’OTAN, de déterminer si, idéologiquement, les intérêts des deux organisations coïncidaient. Nous entrons ici dans la querelle, encore ouverte, entre les tenants de la thèse de l’Europe unie à la remorque des États-Unis et ceux qui pensent qu’au contraire l’unification européenne permet au vieux monde de s’éloigner des blocs.

Dans un autre domaine, mais qui fondamentalement reste proche du précédent, nous relevons la troisième question : la CECA et la CED se trouvaient-elles intimement liées ? Une fois encore, les communistes en étaient persuadés. « Le plan Schuman, assurait Florimond Bonte devant l’Assemblée nationale, est directement lié au plan Pleven »24. Relevons que les partisans de la CECA et ceux de la CED étaient souvent les mêmes personnes : dans la brochure, nous l’avons vu, il est question de François de Menthon, et nous pouvons citer Robert Schuman, René Pleven, Guy Mollet, François Mitterrand ou… Jean Monnet. Ce dernier montre que l’équipe qui mit sur pied le projet de la CECA, son équipe, Étienne Hirsch, Pierre Uri, Bernard Clappier, Paul Reuter, prépara la déclaration Pleven du 26 octobre sur l’armée européenne. Cette déclaration Pleven fut toutefois postérieure de cinq mois et demi à celle de Robert Schuman et répondit à une situation nouvelle : la guerre de Corée faisait rage depuis le 25 juin. Toujours selon Jean Monnet, le plan Pleven devait entre autres aider à débloquer les négociations sur le traité de Paris que le conflit en Asie et l’épineuse question du réarmement allemand rendaient plus âpres. Nous pouvons également, quelques décennies plus tard, remarquer que la CECA survécut à la CED mort-née et donc que celle-là était viable sans celle-ci.

Par-là même nous en arrivons à la quatrième interrogation, question de fond : le plan Schuman était-il un plan de guerre ? Le thème revenait constamment dans les discours communistes. « Le plan Schuman, le Pacte atlantique, assura Alfred Biscarlet, nous ont mené loin sur le chemin de la préparation à la guerre ». « Le but du plan Schuman, ajoutait-il, apparaît donc avec clarté : donner une puissance telle à l’industrie lourde de l’Allemagne de l’ouest qu’elle redevienne un bastion de guerre, un puissant arsenal ». A la différence de notre secrétaire syndical, le député communiste désignait l’adversaire virtuel dans un savant élargissement rhétorique puisqu’il craignait la guerre « contre l’Union soviétique, contre les démocraties populaires et contre les peuples »25.

Notons avant tout que la déclaration Schuman soutenait le contraire puisqu’elle débutait par ces mots : « la paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs ». Plus loin, elle prétendait vouloir « contribuer […] au progrès des oeuvres de paix » et réaliser « une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix ». Le but même de la déclaration était d’empêcher toute guerre entre la France et l’Allemagne : en éliminant l’« opposition séculaire » entre les deux pays, « la solidarité de production » rendait tout conflit « impensable » et « matériellement impossible »26. En 1949, Jean Monnet craignait beaucoup l’éclatement d’une guerre russo-américaine. Nourri du triste souvenir de l’été 1939, il partit en vacances cette année-là, persuadé qu’elles seraient les dernières du temps de paix. Dans ses Mémoires, il parle de l’angoisse qui « oppressait » alors l’Europe et de cette « psychose » de 1950 que les événements ne confirmèrent pas. Pour lui toutefois, l’Allemagne ne pouvait pas être l’agresseur, mais l’enjeu d’un nouveau conflit. Il soupçonnait les États-Unis de chercher à intégrer la nouvelle République fédérale dans le dispositif politique et militaire atlantique et de provoquer ainsi une réaction des Russes qui s’y opposeraient « par tous les moyens ». C’est donc à propos de l’Allemagne qu’il voulait créer le « choc positif »27.

La dernière question que nous pose la brochure est de savoir si réellement le plan Schuman visait à créer un pool industriel Ruhr-Lorraine. La thèse de l’arsenal, soutenue dans le texte, sous-tend cette fusion. Ambroise Croizat parla de la « fusion » Ruhr-Lorraine. L’idée du pool animait certains des initiateurs de la CECA comme Jean Monnet ou Jacques Gascuel. Mais la déclaration Schuman du 9 mai n’en souffle mot, pas plus que le traité de Paris. Et pourtant ce thème connut un grand retentissement et provoqua de vives inquiétudes dans les autres bassins houillers et régions sidérurgiques. Le 18 juin 1951 à Waziers, Auguste Lecœur qui présidait alors la Fédération régionale des mineurs du nord et du Pas-de-Calais CGT, mettait les travailleurs du sous-sol en garde contre les conséquences de la création du « pool » et appelait à constituer des comités de défense de l’indus trie et du commerce des bassins miniers28. De leur côté, les Documents miniers, la revue bimestrielle d’information économique et sociale de la Fédération des syndicats chrétiens des mineurs (CFTC) assurait que le traité de Paris ne comprenait « aucun plan rigide » « pour fixer autoritairement les zones où la production sera développée ». La revue précisait toutefois que le « jeu normal de la concurrence » entraînerait hommes et capitaux, « naturellement », vers « les régions les plus favorables »29.

Ainsi l’analyse globale faite par les syndicalistes CGT de la CECA apparaît-elle finalement comme une analyse essentiellement politique. Les arguments avancés, le vocabulaire utilisé – le mot de « déportation » revint plusieurs fois dans la bouche des orateurs du PC – rapprochent la démonstration faite par nos militants de celle présentée par le Parti communiste. Nous sommes loin, avec ce rejet total, de l’attitude des autres syndicats. Léon Jouhaux acceptait « sans réserve » à la même époque le plan Schuman et la CFTC se plaçait sur un tout autre plan. Implicitement favorable à l’institution, elle cherchait surtout à en améliorer le fonctionnement. Le XVIIIe congrès de sa Fédération des mineurs, réuni à Béthune du 5 au 9 août 1954, ne reprocha à la Haute autorité que de privilégier les problèmes économiques aux dépens des questions sociales30. La brochure de l’UD comporte cependant un second aspect moins politique, l’analyse des conséquences de la création de la Communauté dans la région de Montceau et du Creusot.

« La mort de notre région industrielle »

A propos des conséquences locales du plan Schuman, nous nous heurtons à deux sortes de problèmes. D’une part, celui des dates. Nous l’avons vu, le marché commun du charbon ne s’ouvrit qu’en février 1953, celui de l’acier six mois plus tard. En février 1954, date de la publication du texte, l’application du traité ne remontait qu’à un an, et non deux comme l’indique la brochure page 7, et même qu’à neuf mois pour l’acier. Peut-on, dès lors, attribuer au plan Schuman toutes les conséquences énumérées ? Ne faut-il pas plutôt prendre du recul pour mieux saisir les suites de la création de la CECA ? Notre position, longtemps après les événements, fait de nous un observateur privilégié par rapport aux auteurs de la brochure, mais nous interdit aussi de les juger. Le second problème est celui des sources. Si elles abondent relativement dans le domaine économique, celui de la production, des effectifs, elles sont moins accessibles en ce qui concerne les données sociales, salaires, niveaux de vie, conditions de travail...

La première conséquence du plan Schuman dénoncée par l’UD-CGT est la « concentration industrielle poussée à l’extrême », c’est-à-dire sur le « pool » Ruhr-Lorraine, avec comme suite « la liquidation des usines cataloguées pour la circonstance comme “non rentables” ». A la Chambre, Henri Martel, contredit d’ailleurs immédiatement par le ministre des travaux publics, assura que 66 puits et onze mines avaient été fermés entre 1948 et 1951 « par l’application du plan Marshall, précurseur du plan Schuman, puis par l’application anticipée [?] des mesures prévues dans l’esprit des auteurs du plan »31. En Saône-et-Loire, l’aboutissement serait « la mort » de la région industrielle.

Cette mort apparaîtrait par des « licenciements massifs » dans tous les centres, aux Thélots, où fonctionnaient une mine et une usine de schistes bitumineux, à Autun, où le travail du bois représentait l’essentiel des activités industrielles, à Bourbon-Lancy consacré sur tout aux constructions mécaniques, à Montceau, à Chalon-sur-Saône, où la SFAC entretenait une filiale. Roger Becquet cite page 11 les exemples des houillères de Blanzy et de la SFAC du Creusot qui aurait perdu 1000 ouvriers en un an. Les licenciements toucheraient principalement les femmes (pp. 11 et 22), les jeunes qui, plutôt que d’être licenciés, voyaient leur embauche réduite (p. 21), les étrangers. La mort, c’était aussi la fermeture d’entreprises, comme les mines de Saint-Léger-sur-Dheune et de Moloy (p. 7), ou des réduction d’horaires, à l’exemple des forges de Gueugnon où « l’horaire de travail fut ramené à 40 heures en 1952 » (p. 9). Enfin la mort prit aussi la forme de la « déportation » des travailleurs.

Quelle fut la réalité sur ces points ? Il faut spécifier en premier lieu que les fermetures invoquées concernaient des mines marginales dont l’exploitation datait de la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci, en transformant les conditions économiques, permit de rouvrir des puits que le souci de rentabilité avait fait fermer. Pendant la « bataille du charbon », ces mines demeurèrent ouvertes, mais le retour à l’abondance voire à la surabondance les condamna. Quant aux déplacements de main-d’œuvre, nous n’en avons pas trouvé d’exemples, ce qui ne signifie pas qu’ils n’existèrent pas. D’autres régions les connurent : l’activité des mines du Nord tendant à se déplacer d’ouest en est, les travailleurs durent parfois faire de même. Mutés en Lorraine, une centaine de mineurs cévenols s’exila. Nous sommes loin des visions apocalyptiques de Florimond Bonte assurant que « les soldats hitlériens de la Communauté européenne » pousseraient de nouveau « dans les trains en partance pour l’Allemagne les anciens déportés, les anciens prisonniers et toutes les victimes de la barbarie hitlérienne »32. Dans la région, nous pouvons peut-être expliquer l’apparente rareté des déplacements par la présence, à la fin des années 1940, de forts contingents d’anciens prisonniers de guerre et de travailleurs étrangers dont les départs se firent moins sentir que ceux des autochtones.

Les réductions d’effectifs ne semblent pas aussi nettes que la brochure l’indique. Au Creusot, certaines sources indiquent même une progression puisque le nombre d’ouvriers serait passé de 10500 en 1946 à 11500 en 1954, 11700 en 1959 et 12000 en 196233. Par contre, les houillères de Blanzy virent leurs effectifs fondre rapidement. Le nombre des mineurs passa de 10800 en 1950 à 10400 en 1951, 9800 en 1952, 9400 en 1953, 8900 en 1954, 8500 en 1955. Mais ce recul s’insère dans une tendance générale antérieure au plan Schuman. La chute s’amorça en effet dès 1947 et l’année 1946 se présente, à cet égard, comme un sommet. Les moyennes des pourcentages de baisse calculées sur des périodes de trois ans, ne montrent pas véritablement d’accélération après l’ouverture de la CECA. Cette moyenne monta de -2,58 % en 1947-49 à 4,49 % en 1950-52, puis à 4,76 % en 1953-55, mais redescendit à -2,07 % en 1956-58. Par contre, les années suivantes virent la chute s’accélérer : -9,65 % en 1968-70, -9,51 % en 1977-1979. Les moyennes mobiles sur trois ans montrent une diminution du pourcentage de baisse entre 1953 (-4,89 %) et 1957 (-2,07 %), puis une augmentation jusqu’en 1959 (-4,58 %), enfin un nouveau recul jusqu’en 1963 (-1,87 %).

Quant à la réduction du temps de travail, elle n’apparaît pas très nettement à Montceau. Le nombre des journées de travail effectif ne diminua pas entre 1953-55 (266,5), 1956-58 (265) et 1959-61 (267). En 1954, Blanzy était d’ailleurs le seul bassin houiller français à ne pas connaître de jours de chômage dont le nombre s’étendait de un pour le bassin de La Mure (Dauphiné) à 55 pour celui de Gardanne (Provence).

La seconde conséquence avancée par la CGT était l’aggravation des conditions de travail qui se serait manifestée par une augmentation de la productivité. Effectivement, le rendement à Blanzy ne cessa de s’élever entre 1946 et 1980, à quelques exceptions près, les années 1961, 1963, 1965 et 1978. Toutefois, le rythme de hausse ralentit dans les années 1950 : +26 % pour 1949-51 par rapport à 1946-48, années au demeurant médiocres à cause d’une main-d’œuvre abondante mais peu qualifiée, +16 % pour 1952-54 par rapport à 1949-51, +13 % pour 1955-57 par rapport à 1952-54.

Parallèlement, l’aggravation des conditions de travail apparaîtrait aussi dans l’augmentation des accidents. « La productivité à tout prix, relève la brochure, entraîne une multitude d’accidents ». En fait, le nombre d’accidents par ouvrier, très élevé dans l’immédiat après-guerre (0,78 accident par ouvrier ou 78 accidents pour 100 ouvriers) avec un taux record en 1947 (81 pour 100), ne cessa de diminuer passant à 59 en 1949-51, 55 en 1952-54, 48 en 1955-57, 38 en 1958-60 etc. Après 1961, les critères statistiques n’étant pas les mêmes que précédemment, les comparaisons s’avèrent difficiles mais la décrue continue.

La troisième conséquence aurait été l’aggravation des conditions de vie, d’abord par une baisse des salaires. « Certes », écrit notre auteur, il ne se produisit pas de « décision spectaculaire », mais il relève un recul du salaire moyen au deuxième trimestre 1953. Selon lui, d’ailleurs, le paragraphe 3 de l’article 68 du traité de Paris « organis[ait] la baisse des salaires ». « La Haute autorité », poursuit-il plus loin, « agit pour le blocage et la diminution des salaires »34. Pour la CFTC au contraire, « le traité n’admet pas que des prix anormalement bas soient pratiqués à la faveur de salaires anormalement bas »35. L’étude dudit paragraphe montre une réalité plus complexe. Plutôt que d’organiser au sens propre une baisse des salaires, il prévoit l’éventualité d’une baisse et distingue alors les diminutions autorisées de celles qui ne le sont pas36.

Le problème des salaires reste, on le sait, d’un maniement difficile. D’une part parce que le terme de salaire moyen masque souvent la réalité. D’autre part parce que l’inflation a rogné les rétributions brutes. Enfin parce que nos données statistiques ne reposent pas toujours jours sur les mêmes critères : comment dès lors comparer les 1698 anciens francs journaliers de 1953 aux 2003 F mensuels de 1973 ? Avec toutes les précautions que cela implique, nous avons calculé le salaire mensuel en francs constants. Nous voyons ainsi qu’entre 1953 et 1959 l’augmentation demeura constante et que les difficultés ne commencèrent vraiment que dans les premières années 1960 (1961, 1962, 1963) pour différentes raisons, notamment la diminution du nombre de jours de travail effectif. Le témoignage personnel de Roger Dessagne37, corrobore ces observations. Ce même témoin confirme les problèmes de logement évoqués par la brochure. « Les ouvriers et leur famille, écrit Roger Becquet, sont bien souvent logés dans des taudis, la main-d’œuvre immigrée habite des cantonnements sans hygiène »38.

Pour conclure

Bien d’autres conséquences pourraient être commentées, mais nous en resterons là et conclurons ici cette rapide étude. D’abord pour rendre hommage à l’auteur de la brochure, dont nous nous défendons d’avoir été le censeur et dont la compétence – sa documentation dépasse largement la nôtre – et la vie militante méritent le respect de la part de l’historien que nous sommes. Ensuite, pour remarquer que les conséquences économiques et sociales évoquées n’apparaissent pas toujours dans les années citées, mais plutôt après. En d’autres termes, nos militants percevaient la tendance générale, par exemple dans les domaines des effectifs ou celui des rendements. Mais c’est lorsque le chapitre des responsabilités est abordé que 1e bât blesse : la CECA ne semble pas avoir été la coupable que l’on nous présente. Il n’apparaît pas clairement que l’ouverture du marché commun du charbon ait bouleversé le paysage économique et social de la région montcellienne. Nous autorisera-t-on alors à émettre une opinion personnelle ? Nous vîmes que l’analyse globale du plan Schuman répondait essentiellement à des critères politiques. Est-ce que cette volonté politique, celle de condamner a priori la Communauté européenne, n’a pas empêché nos syndicalistes montcelliens de mieux saisir la situation ? Une vision idéologique, particulièrement en cette période de guerre froide qui n’autorisait pas les nuances, ne leur a-t-elle pas masqué la réalité ?

 

 Dossier iconographique

 

2. A. FONTAINE, Histoire de la Guerre froide, tome 2, De la guerre de Corée à la crise des alliances, 1950-1971, Paris, 1983, 570 p., pp. 75 sqq.
3. Le plan Schuman et ses conséquences pour notre région (désormais Plan S.), Montceau, 1954, 31 p., p. 30.
4. R. ARON et D. LERNER, La querelle de la CED. Essai d’analyse sociologique, Paris, 1956, XVI -216 p.
5. Plan S., pages citées.
6. J. GUYARD, Le miracle français, Paris, 1970, 144 p., p. 30. ROMANOFF, Le drame des houillères, Paris, 1969, 144 p., p. 3.
7. Plan S., p. 5.
8. G. PÉLISSONNIER, « L'évolution démo-économique de la zone du Creusot Montceau-les-Mines depuis les années 1950 », Actes du 53e congrès de l'ABSS, 4-6 juin 1982, pp. 163-166.
9. Plan S., p. 6.
10. Pages 3, 6, 8, 9, 11.
11. Plan S., p. 6.
12. Ibid., p. 27.
13. Ibid., p. 8.
14. B. LAVERGNE, Le plan Schuman, Paris, 1951, p. 11.
15. Cité par P. GERBET, « La genèse du plan Schuman », Revue française de Science politique, juillet-septembre 1956 , pp. 525-553, p. 547.
16. Journal Officiel, Débats, Assemblée nationale (désormais JOAN), 1950, pp. 4 et 5-6 .
17. JOAN, 1951, passim.
18. Nous avons utilisé l'édition de poche, Paris, 1978, 830 p. en 2 volumes.
19. E. BJØLL, La France devant l’Europe. La politique européenne de la IVe République, Copenhague, 1966, p. 374.
20. Ibid., d'après E. Hirsch.
21. J. MONNET, Mémoires, p. 442.
22. Ibid. p. 448.
23. JOAN, 1950, p. 5933.
24. Ibid., 195l , p. 8883-8884.
25. Ibid., 1950, p. 5933.
26. Texte intégral dans P. GERBET, op. cit., p. 549.
27. J. MONNET, op. cit., p. 426.
28. JOAN., 1951, p. 8931.
29. Documents miniers.
30. CFTC, Documents internes, XVIIIe congrès, Résolution sur la CECA, 3 p.
31. JOAN., 1951, p. 8931.
32. Ibid., p. 8883 et p. 8884.
33. J. DUVERNE et S. PAUTET, La SFAC, Dijon, Université de Dijon (DES Géographie),1969.
34. Plan S., p. 12.
35. Documents miniers.
36. Institut des relations internationales de Bruxelles, La CECA, Paris, IRI, 1953, 338 p., p. 117.
37. Membre avec nous-même dans les années 1980 du groupe, « Syndicalisme minier » de l’Institut Jean-Baptiste Dumay avec Mmes Françoise Caballo, Dominique Lespinasse, MM. Dut, Gillot, Griveau, Louis, Roland, Suchaut auquel ce texte doit beaucoup.
38. Plan S., p. 19.

Jean-William Dereymez
 
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