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De la Sollac au CEA

Venant de la sidérurgie Lorraine (SOLLAC = Société Lorraine de Laminage Continu), région d’Hayange, j’embauchais au CEA Pierrelatte en février 1964. J’étais syndiqué à la CGT à la SOLLAC où j’avais participé à des mouvements de revendication d’une façon active.

Frigoriste à la centrale de production des fluides frigorifiques du Service Utilité de Pierrelatte, j’appris que la CGT était absente du Centre et qu’en règle générale elle était interdite.

Pas de CGT dans l’usine au Grand Charles, ni dans les entreprises travaillant sur le site. Je restais donc dans mon coin sans rien dire. Mais j’étais dans un secteur où il y avait beaucoup d’adhérents FO et ils ne manquaient pas l’occasion de me le faire savoir. Mais pour moi FO, c’était le syndicat du patron, aussi très peu pour moi.

En 1966, je recevais depuis quelque temps le journal « Energies nouvelles » du syndicat CGT du CEA (j’avais prévenu les camarades de la SOLLAC que j’allais travailler au CEA Pierrelatte). Sans doute informé par les camarades de la Métallurgie, le syndicat de Saclay me l’adressait.

Enervé par les commentaires des gars de FO, je me décidais à écrire au journal pour demander pourquoi il n’y avait pas de CGT à Pierrelatte. C’est Jacques Trélin qui me répondit et après échanges de courriers me donnait rendez-vous à la Mairie de Bagnols sur Cèze où le syndicat devait tenir une Commission exécutive en février ou mars 1967.

C’était un samedi, j’étais de nuit (travaillant en poste), je me rendis donc à Bagnols sur Cèze en tout début d’après-midi. Je repérais la salle qui était vide et attendais sous les arcades. Je vis arriver un groupe de personnes discutant beaucoup (ils revenaient de déjeuner) et l’une d’elle vint à moi et me demanda si j’étais Yves Guigourèse. C’était Jacques Trélin.

Dans la salle, il me présenta aux membres de la CE. Comme étant un camarade de Pierrelatte d’accord pour y créer la CGT. Jacques me conseilla de trouver un camarade pour être candidat avec moi aux élections locales et nationales aux « Œuvres sociales » en septembre ou octobre 1967.

Dès mon retour au boulot, je contactais discrètement des copains sûrs et Jacques Leclaire accepta de se présenter avec moi.

Au cours de l’année, Jacques Lecaire et moi avons participé à une Commission exécutive à Marseille mais nos noms n’ont jamais été cités. C’était « les camarades de Pierrelatte » pour éviter toute réaction de la direction et éviter ce qui s’était passé à Marcoule où les camarades Julien Mignoni et Daniel Thiry furent mutés d’office à Grenoble en 1964 pour avoir participé à l’implantation de la CGT dans l’établissement.

Jacques Trélin adressa au Ministre du Travail un télex l’informant de nos candidatures à la « Commission Polyvalente d’Etablissement » de Pierrelatte et au « Comité central des Œuvres Sociales » du CEA avec copie à l’Administrateur du CEA ; ce qui amena Jean Volvey, Directeur du Centre de Pierrelatte, à me convoquer et à m’annoncer qu’il mettait à notre disposition 15 heures de délégations et un poste téléphonique personnel sur mon lieu de travail en attendant le résultat des élections.

Nous avons été élus tous les deux à la « Commission Polyvalente d’Etablissement » et en plus j’ai été élu à troisième siège au « Comité central des Œuvres Sociales », la CGT n’en n’avait que deux précédemment.

Etant élus, nous avons tout de suite disposé d’un local équipé dans le même bâtiment que les autres syndicats.

Jacques Leclaire et moi avons commencé à apprendre notre travail d’élus aux « Œuvres Sociales » mais aussi à nous frotter aux problèmes plus généraux. Par la suite, un bon groupe d’adhérents et militants est venu nous épauler.

Vers la fin avril/début mai 1968, je suivais avec des camarades Pierrelatte un stage élémentaire à l’UL CGT de Montélimar. A peine finie l’école, c’est l’action sur le terrain, à l’entreprise mais aussi sur l’interprofessionnel à Pierrelatte même. Des luttes qui nous ont beaucoup appris et qui nous ont certainement beaucoup servi dans notre action de militant (défilé le 13 mai à Valence).

Cela s’est continué par les luttes menées par la CGT au CEA contre le démantèlement, la réduction des effectifs, etc.

Fin 1973, mon frère étant malade, je décide de tenter de me rapprocher de Brest. J’essaie du côté de Brenilis mais très peu de places. Je vois du côté de La Hague : le Chef du service de gainage est d’accord pour me prendre bien que l’incite à ne pas le faire. Il persiste pour me prendre. Or à Pierrelatte, il faut diminuer les effectifs, il y a des invitations au départ. Je m’adresse à ma direction qui décide d’appuyer ma demande. Lors d’une réunion de la Direction des Productions où participe la direction de Pierrelatte, M. Delnage, Chef des Services Techniques de La Hague s’engage à me trouver un poste.

En mai 1974, j’intègre le service d’entretien mécanique à l’usine de La Hague. Trois mois après mon arrivée, étant titularisé à mon poste, je préviens Jacques Trélin qui me désigne comme représentant de la CGT à La Hague. Alors là va commencer une lutte pour imposer la CGT et si à Pierrelatte je n’avais pas trouvé d’opposition franche de la part des autres syndicats, à La Hague je fus confronté à une vindicte haineuse de la part de la CFDT, syndicat tout puissant là-bas.

Il y eut des luttes contre la privatisation des services de production, pour l’amélioration des services de production, pour l’amélioration des conditions et temps de travail des postés, etc. 

Yves Guigourèse, syndicaliste
 
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