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2000
Chers Amis et Camarades,
Permettez-moi de vous remercier d’avoir accepté de participer à ce nouveau colloque de notre Institut d’Histoire Sociale Mines-Energie.
Mais au préalable, puisque nous sommes à peine à la mi-janvier, je vous souhaite ainsi qu’à tous vos proches mes meilleurs vœux pour cette année nouvelle. Vœux de santé pour tous et particulièrement nos plus anciens dont nous avons besoin de leur mémoire pour contribuer à éclairer le passé et comprendre le présent. C’est de cet échange fécond intergénérationnel que nous pourrons contribuer à dégager des pistes pour l’avenir.
Le débat impulsé depuis quelques mois par Sarkozy et Besson confirme ce qu’écrivait Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau n’est pas encore arrivé et dans ce clair-obscur des monstres peuvent surgir ».
Notre Institut, ceux de la CGT peuvent aider à ouvrir la voie à un esprit critique. Celui-ci est plus que jamais indispensable dans une époque qui confond souvent analyse et émotion, histoire et actualité.
Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, nous assistons à une tentative d’instrumentalisation de l’histoire. La réforme universitaire, et pas seulement celle de la section scientifique, ne peut que conduire à une régression de la formation du citoyen et de l’esprit critique.
Comme l’indique René Mouriaux : « l’histoire ne fournit pas de recettes pour l’avenir, elle ne livre pas de leçons parce qu’elle ne se répète pas, parce que l’expérience d’hier ne saurait se substituer à ce qu’il convient de construire aujourd’hui. En revanche, elle éclaire les enjeux du présent, elle contribue à façonner une culture de l’analyse, un sens de la décision opportune ».
C’est ce que nous allons essayer de réaliser au cours de cette journée ainsi qu’avec la publication des actes de ce colloque.
Alors « flash-back », comme diraient les cinéastes. Faisons un retour de quarante ans en arrière. Nous sommes le 13 janvier 1970 au 3e étage du 213 rue Lafayette. Une grande effervescence règne au siège de la fédération de l’énergie. Roger Pauwels, Pierre Delplanque, Jean Thomas, René Le Guen et les autres dirigeants fédéraux répondent à toutes les sollicitations des journalistes – et parmi eux les grandes signatures de l’époque.
Georges Séguy, Léon Mauvais, Henri Krasucki viennent « prendre la température » et s’enquérir des dispositions mises en place. Chacun a conscience de ce qui est en jeu. C’était il y a quarante ans.
Alors, au-delà des enseignements de cette période que ce colloque nous permettra de dégager, celui-ci se veut être aussi un hommage à tous les militants de cette époque qui ont su collectivement permettre des avancées dans notre mode de vie.
Nous sommes alors un peu plus d’une année après les grèves de mai/juin 1968. Les forces du capital s’efforcent de prendre leur revanche. Le pouvoir politique essaie de trouver la parade afin d’éviter de nouveaux mouvements sociaux. Pour cela, il faut s’attaquer à un secteur professionnel en avenir où la CGT représente une force et où la situation sociale constitue tout un symbole. Ainsi il y a quarante ans les industries électrique et gazière et la CGT vont être au cœur de l’actualité.
A l’époque, chacun a conscience des enjeux immédiats. Mais personne sans nul doute ne pouvait mesurer la portée de ce qui était en train de se produire. Chacun des contributeurs va s’efforcer de relater les événements dans leur perspective.
Sans empiéter sur ces contributions, permettez-moi d’entrée de jeu de reprendre ce que Jacques Chaban-Delmas, alors Premier Ministre, déclarait et une appréciation de Georges Séguy.
Face à la grève des 25 et 26 novembre 1969, outre l’anticommunisme primaire, Chaban-Delmas qualifie la grève « d’appel à la subversion par tous les moyens ». Au-delà de la brutalité et de l’âpreté de la formule, celle-ci appelle réflexion comme toutes les actions d’ailleurs.
La grève est d’abord revendicative : celle de l’augmentation des salaires. Mais elle met en cause le projet de société dont Chaban-Delmas, Delors et autre Juliard étaient les porteurs.
Nous touchons aux multiples dimensions du rôle du syndicalisme revendicatif et de transformation sociale. Nous l’évoquerons sans doute au cours de cette journée. Je vous informe d’ailleurs que notre IHS confédéral prendra une initiative cette année sous forme de journée d’étude placée sous la responsabilité de notre ami René Mouriaux autour du thème « les grèves en France et la politique ».
Cela nous permettra d’ailleurs de revenir sur la grève des mineurs de 1948 dont nous avons récemment traité lors du Colloque de La Ricamarie.
Peu de temps après cette provocation, après la signature de la convention salariale par les organisations syndicales minoritaires, devant un parterre de patrons réunis le 11 décembre par le journal Les Echos, Jacques Chaban-Delmas déclarait : « Aujourd’hui s’est produite une révolution, et cela sans faire couler de sang, sans casser une ville ni une civilisation… C’est le déblocage de la société française qui commence par la signature de ce contrat ».
Pierre Delplanque traitera cet après-midi du contenu de la convention du 10 décembre 1969 et de la consultation du 14 janvier 1970.
Celle-ci, compte tenu de ses enjeux et de sa dimension nationale, constituait une nouveauté et en soi un événement dont à l’époque on ne mesurait pas toute la portée. Elle n’a pas été sans poser des questionnements y compris au sein de la CGT.
Ce qui a conduit Georges Séguy à déclarer : « l’événement est d’importance. Ceux qui redoutaient de cette expérience un affaiblissement du syndicalisme peuvent être rassérénés. L’autorité du syndicalisme indépendant s’en trouve grandement renforcée ».
Ce matin, mes amis et camarades René Mouriaux, Jean Magniadas et Stéphane Sirot traiteront du contexte général de l’après 68.
Nul doute que ces contributions introductives généreront une large place au débat et à vos témoignages. En tout cas, je vous y invite.
Bon Colloque.