
Madame, Monsieur,
Nous vous remercions de votre présence. Nous avons prévu d’organiser cette conférence de presse suite aux questions posées par les possibilités de délestage pendant l’hiver, et en particulier dans certaines régions (Bretagne, Paca) et à plusieurs déclarations imputant ce fait soit aux grévistes, responsables de la moins bonne disponibilité du parc électro nucléaire soit aux choix antérieurs par exemple le chauffage électrique.
Nous avons souhaité sur ces différents sujets vous faire connaître la position de la CGT. La situation tendue du point de vue énergétique n’est pas une surprise pour nous, ainsi que la disponibilité du parc, phénomène sur lequel nous alertons depuis plusieurs années. Bien entendu, nos analyses divergent des versions officielles servies par les directions d’entreprise. Quelques remarques factuelles préliminaires sur la question production – consommation.
Ces observations rapides doivent être rapprochées de quelques tendances lourdes :
Le recours aux importations repose sur deux choses :
La comparaison des situations en janvier 2009 et en janvier 2010 en termes de disponibilité des moyens existants montre que l’on est en général plus proche d’une situation tendue, comme cette année, que d’une situation favorable comme l’année dernière. Les politiques d’économie d’énergie sont tout à fait souhaitables. Elles manquent actuellement de moyens financiers, comme le montrent les lois Grenelle I et II. De toute façon, elles ne peuvent faire sentir leurs effets que sur le long terme. Et il faudra continuer à satisfaire les besoins de nos concitoyens, y compris en chauffage, sauf à vouloir aller vers des problèmes sociaux graves.
Pour y faire face, il faut pouvoir s’appuyer sur un fonctionnement optimal du parc de production électrique hexagonal, ce qui n’est pas le cas dans la période actuelle du fait des politiques menées par les principaux opérateurs, en ce qui concerne les investissements de maintenance et d’entretien, ainsi que leurs politiques sociales et de management. Et ceci concerne aussi bien l’hydraulique et le thermique, le charbon et le fuel, que le nucléaire.
Par exemple, il doit y avoir un maximum de tranches nucléaires disponibles aux périodes les plus chargées de l’hiver. Cette tendance, respectée par EDF au cours des années écoulées, doit être renforcée même si ce n’est pas celle qui dégagerait le plus de bénéfices financiers. Cela suppose que les moyens matériels et humains soient dégagés pour que les arrêts de tranches se déroulent dans des conditions sociales et de sûreté acceptables pour l’ensemble du personnel concerné.
En ce qui concerne le thermique à flamme, la CGT demande non seulement qu’il n’y ait pas de MW déclassé sans mise en service d’un MW équivalent, mais aussi que toute fermeture de tranche de production existante soit précédée suffisamment à l’avance de la fourniture, par l’opérateur correspondant, d’une étude d’impact précisant les conséquences environnementales, sociales et énergétiques de cette fermeture, ainsi que les moyens prévus pour y faire face. Ceci nous amène également à demander que toutes les possibilités soient étudiées, sur le triple terrain environnemental, social et énergétique, pour prolonger aussi longtemps que possible le fonctionnement des tranches thermiques les plus anciennes dont tout indique qu’elles vont être indispensables à l’équilibre électrique des prochaines années, notamment à la pointe, et ceci en France comme en Europe, et ceci en prenant en compte une réelle attention aux problèmes d’émission de gaz à effets de serre dont le sommet de Copenhague vient de donner une si piètre image.
Ceci doit, bien entendu, s’accompagner d’une politique active et responsable d’économies d’énergie, d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables, ainsi que d’une politique tarifaire gazière, propice à replacer cette énergie là où elle est le mieux utilisée, c’est-à-dire dans le chauffage des locaux et logements.
Pour revenir plus particulièrement sur la situation du parc nucléaire, notre analyse porte sur quatre aspects :
- La maintenance du matériel
- La perte des compétences
- L’organisation du travail
- La politique de management
Concernant la maintenance du matériel, voilà plus de 10 ans que la Division de la Production Nucléaire (DPN) a fait le choix d’externaliser la maintenance des arrêts de tranche à hauteur de 80 %. En même temps, la DPN faisait le choix de réduire ses activités de maintenance pour répondre à un enjeu majeur de l’entreprise EDF « de réduction des coûts » dans le seul objectif de préparer au mieux l’ouverture du capital et enrichir les futurs actionnaires.
Nous dénonçons les choix politiques arbitraires qui ont conduit les différents échelons de la hiérarchie d’EDF à réduire ses coûts dans les domaines de l’organisation du travail, de la gestion des emplois et des compétences, dans la maintenance du matériel, ainsi que dans la gestion des pièces de rechange sans se préoccuper des conséquences ni sur la vie des personnels ni sur l’état réel de l’outil de production.
Nous pouvons constater aujourd’hui que ce choix politique a conduit la disponibilité du parc nucléaire au plus bas, moins de 80 % en 2008 et 78 % pour 2009. Par exemple, la course à la réduction des durées d’arrêts de tranche entraîne de facto un prolongement de ces derniers variant en moyenne à 26 jours pour l’année 2009. Plus en détail, pour cette même année c’est 13 60 jours de prolongations dues à des écarts (problèmes techniques).
Les unités de production subissent régulièrement des dommages sur du matériel (certains importants pour la sûreté) tel que les générateurs de vapeur, les alternateurs. Les centrales manquent de compétences dans les domaines techniques des différents métiers tant dans le personnel d’EDF SA que chez les salariés prestataires, en particulier, par manque d’anticipation de nombreux départs à la retraite de techniciens dont l’expérience professionnelle s’est acquise tout au long de la construction à l’exploitation du parc nucléaire.
Depuis plus de cinq ans, et d’ici 2015, le parc nucléaire aura perdu la génération des bâtisseurs sans avoir anticipé le renouvellement des compétences par des embauches à la hauteur des enjeux de sûreté, de sécurité et de disponibilité des installations.
De plus, la gestion catastrophique par les différents échelons de la hiérarchie d’EDF des conflits sociaux du printemps a eu un résultat extrêmement négatif sur la disponibilité des tranches sur l’ensemble de l’année. Mais ce n’est pas la cause des difficultés hivernales puisqu’à partir demi décembre les trop nombreuses tranches à l’arrêt l’étaient pour problèmes techniques.
Le redressement de la dégradation de la disponibilité du parc nucléaire passe par une augmentation des dépenses de maintenance, la ré internalisation des activités aujourd’hui sous-traitées et dont les résultats coûtent plus cher qu’avant à l’entreprise sans donner un résultat à la hauteur des enjeux de sûreté et de disponibilité des installations. L’amélioration du climat social nécessite une meilleure appréciation de la situation par le management le conduisant à réorganiser le travail et à mettre les moyens nécessaires, en particulier en termes d’emploi et de formation (réouverture des écoles de métier), que ce soit pour améliorer la gestion des arrêts de tranche et pour faire face aux besoins de renouvellement des compétences.
Permettez moi d’ajouter que nous n’avons pas entendu beaucoup de voix s’élever contre les coupures scandaleuses qui ont lieu, été comme hiver, parmi les familles en difficulté. Cela concerne le gaz et l’électricité. La CGT et ses militants sont de plus en plus souvent alertés pour résoudre des situations particulièrement dramatiques. Sans vouloir faire pleurer dans les chaumières, nous tenons à votre disposition des exemples précis de personnes contraintes de passer les traditionnelles fêtes de fin d’année en famille sans électricité. Nous vous laissons imaginer la température et la situation. Mais profitons en pour saluer les militants qui ont été rétabli l’énergie, malgré la terrible vague de sanctions qui a eu lieu au printemps dernier. C’est un motif de sanctions, comme celui de faire la grève, surtout si on est jeune et syndiqué à la CGT…
Nous comptons bien nous investir de manière importante dans cette question fondamentale du droit à l’énergie pour tous, en particulier au travers de l’association Droit à l’Energie France et des Robins des Bois de l’Energie.
L’actualité aujourd’hui met encore notre secteur sous les feux de la rampe, à partir du contrat perdu à Abou Dhabi, du combustible et des échanges entre les principaux dirigeants des entreprises concernées.
La CGT s’est exprimée sur la réorganisation voulue de la filière nucléaire qui doit se faire avec comme objectif la filière industrielle dans toutes ses composantes. C’est d’ailleurs comme vous aurez pu le remarquer un communiqué commun entre la FNME et la FTM. Réorganiser la filière implique de mettre en cohérence les acteurs majeurs (avec EDF et AREVA en premier lieu), de regréer les compétences humaines (ingénierie, recherche, formation), d’investir pour atteindre les niveaux de maîtrise nécessaires des évolutions technologiques (contrôle-commande) et de reconstituer le tissu industriel mis à mal par 15 ans de moratoire notamment :
- dans le secteur de la sidérurgie : en allant au-delà des timides et tardifs investissements réalisés en Saône-et-Loire, tant à la forge que dans la fabrication des gros équipements.
- dans le génie civil.
La CGT a évalué à 10 000 le nombre d’emplois à créer dans toute la filière industrielle du nucléaire.
La filière nucléaire a permis par les choix passés de fournir une électricité de qualité à bas coût aux usagers et à l’industrie. Il est tout à fait normal que les bénéfices des investissements passés leurs profitent.
L’Etat doit pouvoir continuer de maîtriser la filière, pour garantir transparence, démocratie, cohérence, et sûreté. De surcroît, son acceptabilité est en partie due à sa maîtrise publique et c’est un point essentiel pour la CGT. Il est donc impératif aujourd’hui d’écarter l’idée de tout mécano industriel et de mettre en place d’urgence un pôle public de l’énergie dans lequel seraient placées toutes les entreprises intervenant dans le domaine. Nous proposons que les projets à l’exportation puissent être portés au travers d’un GIE.
C’est une toute autre voie que semble prendre le gouvernement avec l’affaiblissement inquiétant du CEA, la vente d’Areva T&D et l’ouverture programmée du capital d’Areva. Nous ne vous cacherons pas que nous sommes particulièrement hostiles à ces projets et pas par dogmatisme. Les échos d’introduction d’exploitant supplémentaire sur le projet Penly confirment nos inquiétudes.
Enfin, nous ne pouvons finir sans vous parler de la loi Nome. Cette loi a la caractéristique d’avoir beaucoup fait couler d’encre avant même d’avoir existé officiellement. La encore nous nous sommes largement exprimés, dés la sortie du rapport Champsaur pour dire notre désaccord profond sur le fond de ce projet de loi avec les dangers potentiels qu’il comporte aussi bien en terme d’investissements en moyens de production qu’en terme de tarifs. L’argument consistant à dire à Usain Bolt qu’il court trop vite et qu’il doit par conséquent prendre ses concurrents sur son dos nous semble surréaliste. La métaphore nous montre bien que le temps de course augmentera tout comme les tarifs.
Vous l’aurez compris, nous considérons que le secteur énergétique, sa propriété, sa maîtrise, sont des éléments clés de l’avenir industriel et social de notre pays et que l’Etat doit y jouer tout son rôle.
La CGT ne laissera pas brader et dépecer les entreprises. Elle exige qu’une réelle politique industrielle et sociale soit mise en œuvre. Cela passe par la création du pôle public de l’énergie et de sa maîtrise publique par la voie législative, et par l’action au niveau européen pour créer une Agence Européenne de l’Energie. Nous comptons bien faire connaître largement ces propositions aux usagers afin qu’ils s’approprient les questions industrielles et de service public et qu’ils puissent intervenir sur ces questions.
Nous sommes à votre disposition pour répondre à toutes vos questions.
Merci de votre attention.